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Non à la Constitution Européenne !
Oui à une Europe Socialiste !
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Non à la Constitution Européenne !<br>Oui à une Europe Socialiste !

La crise du capitalisme mondial frappe l’Europe de plein fouet. Dans tous les pays européens, l’heure est aux coupes budgétaires, aux privatisations et à la régression sociale. L’Europe des Quinze compte officiellement 16 millions de chômeurs, soit quelques 9 % de la population active. La pauvreté touche 70 millions de personnes, dont 17 millions d’enfants. 5% des européens souffrent d’insécurité alimentaire. Ces statistiques illustrent à elles seules la faillite complète du système capitaliste. Sur un continent riche et moderne, la vie de dizaines de millions de gens se résume à une lutte permanente pour survivre.

Longtemps, en France comme dans la plupart des pays d’Europe, la droite et une partie des dirigeants de la gauche ont expliqué que la « construction européenne » allait porter ses fruits. Moyennant quelques sacrifices, la jeunesse et les salariés finiraient par en bénéficier. Les « Accords », les « Traités » et les années ont passé. L’Euro a été introduit. Mais au lieu de la prospérité et du progrès social annoncés, nous avons une augmentation de la misère et du chômage. L’argument selon lequel « demain, grâce à l’Europe, ça ira mieux », est usé jusqu’à la corde. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant qu’un grand nombre de salariés de notre pays se prononcent contre le projet de Constitution Européenne.

La très large majorité d’entre eux n’ont pas une connaissance détaillée du texte. Mais ils comprennent qu’il ne règlera aucun de leurs problèmes. Après tout, ceux qui l’ont écrit et négocié ne sont-ils pas les mêmes qui, en France, mènent une politique de casse sociale ? Et le fait qu’on ait confié la direction du travail préparatoire à Valery Giscard d’Estaing, l’un des représentants les plus accomplis des intérêts capitalistes, n’en dit-il pas assez long sur le caractère réactionnaire du résultat ? Pour tous ceux qui subissent les attaques du patronat et du gouvernement, le référendum que Chirac s’est engagé à organiser sera une occasion de manifester leur mécontentement et d’infliger une nouvelle défaite à la droite.

Vers une Europe capitaliste unifiée ?

Historiquement, la formation de l’UE est une tentative, de la part des capitalistes européens, de libérer l’économie du continent des limites étroites des Etat-nations. Si, dans la phase ascendante du système capitaliste, les Etat-nations ont joué un rôle progressiste en permettant de constituer et de protéger des marchés nationaux, ils se sont par la suite transformés en un obstacle au développement de la production. Les énormes forces productives développées dans le cadre du capitalisme et la constitution d’un marché mondial se heurtent sans cesse aux frontières des marchés nationaux. La formation de l’Union Européenne est en elle-même un aveu de cette contradiction. Les capitalistes européens ont notamment besoin de constituer un bloc économique pour tenter de résister à la concurrence des puissantes économies des Etats-Unis, du Japon, et désormais de la Chine.

L’écrasante supériorité économique et militaire des Etats-Unis, en particulier, pousse les classes capitalistes européennes à s’unir. Mais cette tendance est sans cesse contrecarrée par les antagonismes internes à l’Europe elle-même. Derrière la structure formelle de l’Union Européenne, les principales puissances - France et Allemagne en tête - s’efforcent de dominer l’édifice européen au détriment des autres. Les sourires forcés et les courbettes diplomatiques, lors des « sommets » européens, n’empêchent pas la lutte pour des marchés et des zones d’influence de se poursuivre et de s’intensifier.

Dans un contexte économique favorable, les contradictions fondamentales entre les classes capitalistes européennes pouvaient provisoirement passer au second plan, ce qui leur permettait de poursuivre l’intégration européenne. Celle-ci s’appuyait dans le même temps sur une offensive systématique contre les services publics, les salaires, le marché du travail et les budgets sociaux. Les classes capitalistes nationales étaient d’autant plus en mesure de s’entendre que chacune parvenait à réaliser d’énormes profits à travers l’intensification de l’exploitation du salariat.

Cependant, dans le contexte mondial actuel, celui d’une énorme instabilité économique, politique et diplomatique, l’intégration européenne est condamnée à connaître d’intenses secousses. On l’a vu avec la guerre en Irak, qui a immédiatement déclanché une grave crise au sein de l’« Union ». L’OTAN était complètement divisée. Demain, d’autres chocs, qui là encore ne seront pas forcément d’ordre économique, soumettront l’Union Européenne à d’insoutenables pressions. Le tout finira par s’écrouler au milieu des récriminations mutuelles.

La raison fondamentale en est que les intérêts nationaux de chaque classe capitaliste sont trop contradictoires. Les inévitables convulsions d’un capitalisme pourrissant, qui a complètement épuisé ses potentialités historiques, dressera les capitalistes européens les uns contre les autres - au point, finalement, de briser la fragile structure de l’UE. Le projet d’unifier l’Europe sur des bases capitalistes reste ce qu’en disait Lénine au début du XX ème siècle : une « utopie réactionnaire ». Une utopie , car c’est irréalisable. Une utopie réactionnaire , parce que si cela pouvait se réaliser, cela ne serait pas dans l’intérêt de la classe ouvrière européenne. De fait, l’Europe n’a réellement été unifiée - temporairement et partiellement - qu’à une occasion historique : lorsqu’elle était sous la botte des Nazis.

La Constitution Européenne

De manière générale, les capitalistes européens souhaitent que l’UE se dote d’institutions stables, centralisées et susceptibles d’introduire des éléments de direction politique dans ce qui n’est, pour le moment, qu’un immense marché commun. Mais à peine posé, le problème se révèle immédiatement insoluble. Les contradictions entre les différentes classes capitalistes excluent toute véritable centralisation stable. Et en réalité, par « centralisation » ou par « unité politique », les capitalistes français, allemands et anglais entendent chacun la même chose : « sous une direction privilégiant les intérêts de notre capitalisme national ». D’où le jeu complexe et fluctuant des alliances qui se tissent entre les grandes puissances européennes. Quant aux « petits pays », il ne leur reste qu’à jouir de leur droit de se taire et de contempler la lutte à partir du banc de touche.

Le projet de Constitution Européenne porte la marque de cette situation. Officiellement, il s’agit d’établir les règles de fonctionnement d’un gouvernement européen centralisé. Or, en réalité, il ne s’agit que d’un pas très timide dans cette direction. Sur toutes les questions qui touchent aux intérêts fondamentaux des différentes classes capitalistes, le projet de Constitution établit clairement que les gouvernements nationaux sont souverains, notamment du fait du système du veto. Autrement dit, le Conseil Européen n’aurait d’autorité que sur les questions secondaires. Et en effet, comment imaginer, par exemple, que les capitalistes allemands vont se laisser dicter leur politique industrielle par le Conseil Européen ? De même, on a bien vu comment l’Etat français est intervenu dans le « sauvetage » d’Alstom, au grand dam des industriels des autres pays européens, qui ont alors vainement protesté contre cette « atteinte aux règles de la libre concurrence ».

Par ailleurs, il faut bien voir que cette Constitution est le fruit d’un compromis très fragile entre les capitalistes européens. La première copie du texte avait été rejetée en décembre 2003. Or, la source de nouveaux désaccords n’est pas tarie. Au contraire, l’instabilité économique et internationale de notre époque l’alimentera sans cesse. Dores et déjà, le Traité de Maastricht, qui était supposé établir les cadres rigides d’une politique monétaire commune, n’est plus qu’un malheureux bout de chiffon. Les déficits budgétaires de la France et de l’Allemagne ont allègrement passé la limite des 3% stipulée par les « critères de Maastricht ». Et toutes deux ont répondu d’un haussement d’épaule à ceux qui leur rappelaient leurs « engagements européens » et les menaçaient d’une amende. Raffarin s’est même permis, en septembre 2003, de critiquer publiquement les « chefs de bureaux comptables bruxellois » qui protestaient contre la volonté délibérée du gouvernement français de laisser filer le déficit au-delà de 3%. Certains médias ont qualifié cette formule de « dérapage verbal ». Mais en réalité, elle illustre beaucoup mieux les dispositions du patronat français à l’égard de l’UE que toutes ses belles phrases au sujet de l’« idéal européen ».

Les partisans du « oui »

Dans un référendum sur la Constitution Européenne, le devoir de tout militant de gauche est d’appeler à voter « non » et de dénoncer les mensonges de la droite sur les progrès que l’intégration de l’Europe capitaliste serait supposée apporter aux peuples. Quel que soit son degré d’intégration, l’Europe capitaliste, dominée par une poignée de multinationales et de grandes banques, ne permettra jamais de résoudre les problèmes de la jeunesse et des salariés. Nous devons dire non à cette Europe au même titre que nous nous opposons au capitalisme en général. Malheureusement, bon nombre de dirigeants socialistes en appellent à nouveau à suivre la voie du capitalisme européen. Une fois de plus, Hollande et la droite du PS se rangent au côté du patronat pour vanter les vertus de l’Europe capitaliste et, cette fois-ci, de sa Constitution.

Ces dirigeants socialistes s’appuient la plupart du temps sur deux arguments. D’une part, ils préviennent avec emphase : « ne vous laissez pas tenter par le " non ", car celui-ci provoquerait une grave crise de l’Europe ! » Cette idée exprime parfaitement leur soumission aux intérêts de la classe dirigeante. Au fond, elle signifie : on comprend que les salariés, les jeunes et les chômeurs qui subissent la crise du système capitaliste veuillent marquer leur colère en rejetant le projet de Constitution - mais qu’ils n’en fassent rien, surtout, car cela déstabiliserait le camp du patronat européen !

L’Europe est déjà en crise. Elle est en crise du point de vue des capitalistes, mais également et surtout du point de vue de la classe ouvrière. Et les choses ne vont pas en rester là. Les années à venir verront une intensification de la politique agressive du patronat, qui s’en prendra à tous les aspects de nos conditions de vie : temps et conditions de travail, santé, logement, droits démocratiques, etc. Dès lors, que peut bien signifier, du point de vue du salariat, l’avertissement qui lui est lancé : « ne provoquez pas une crise de l’Europe » ? Rien d’autre que la faillite politique de ces dirigeants, qui ont complètement adhéré au système capitaliste.

Le deuxième argument des dirigeants socialistes partisans du « oui » consiste à dire : « il n’y a pas de recul dans cette Constitution, et s’il n’y a que de modestes avancées, ce sont tout de même des avancées, et donc nous ne pouvons pas les rejeter. » Même en admettant l’absence de « recul » dans le texte, cela n’empêche pas la régression sociale de se poursuivre, dans la réalité, à un rythme effréné. Mais les partisans du oui se gardent bien de le rappeler. Quant aux soi-disant « avancées », elles seraient de deux sortes. D’une part, il y a celles qui concernent l’intégration européenne. Or, encore une fois, on ne peut pas considérer cela comme un progrès du point de vue du salariat. Mais d’autre part, il y aurait aussi quelques « avancées sociales ». Les droits syndicaux, les services publics, la lutte contre le chômage et d’autres belles promesses de cet ordre ont trouvé une place dans le projet de Constitution. François Hollande et ses amis ont sauté sur ce petit bout de texte et le brandissent aux quatre coins du pays. Mais la question se pose : que peuvent bien valoir de telles promesses lorsque ceux qui les formulent sont les mêmes qui, dans leurs pays respectifs, se livrent à des attaques en règle contre les droits syndicaux, l’emploi et les services public ? En France, Hollande évoque ces « avancées » au moment même où le gouvernement Raffarin remet en cause le droit de grève, propose de faciliter les procédures de licenciement et poursuit le mouvement de privatisation du secteur public.

Que les capitalistes européens fassent de vagues promesses dans le but de tromper les salariés, c’est dans l’ordre des choses. Mais des dirigeants socialistes dignes de ce nom ne devraient pas prendre ces promesses pour argent comptant. Leur rôle ne doit pas être de semer des illusions parmi les travailleurs au sujet des intentions du patronat, mais au contraire d’œuvrer à les rendre conscients de la contradiction insurmontable entre les intérêts des deux classes. Tous les acquis fondamentaux du mouvement ouvrier ont été le résultat de grandes luttes. Aujourd’hui comme hier, notre seule arme pour défendre les droits syndicaux, les emplois et les services publics, c’est la force organisée de notre classe et la lutte. Seule la mobilisation massive des salariés permettra de faire obstacle à la destruction des conquêtes sociales qui sévit sur l’ensemble du continent. Parler d’« Europe sociale » en dehors de cette perspective, c’est semer la confusion dans nos propres rangs.

L’impasse du réformisme

Une victoire du « non » au référendum achèverait de détruire le semblant de légitimité qui reste au gouvernement Raffarin depuis les élections régionales et européennes. Elle renforcerait le camp des salariés. Elle mettrait le PCF et la gauche du PS en position de force. De tels développements seraient évidemment très positifs. Mais les partisans du « non » ne doivent pas se contenter d’un simple refus de la Constitution. La lutte contre celle-ci doit aller de pair avec une campagne expliquant la nécessité d’une Europe socialiste.

Le caractère réformiste des programmes du PS et du PCF en constitue la faiblesse majeure. Nulle part n’est évoqué ce qui devrait être l’axe central de tout programme socialiste ou communiste : la rupture avec le système capitaliste, c’est-à-dire la nationalisation des principaux leviers de l’économie sous le contrôle démocratique des travailleurs. Sur la question de l’Europe, il en découle une grande confusion aussi bien dans l’appréciation de la Constitution Européenne qu’au sujet de l’alternative à l’Europe capitaliste.

Les dirigeants de gauche qui militent pour le « non » partagent tous l’idée fausse que l’adoption de cette Constitution aurait de graves conséquences, à très long terme, pour le mouvement ouvrier. La direction du PCF redoute que « les principes du libéralisme soient coulés dans le marbre d’une Constitution », lequel marbre pèserait alors sur les travailleurs européens pendant... 50 ans. Jacques Nikonoff, président d’Attac France, évoque également « la menace d’une peine incompressible de 50 ans de néolibéralisme ». Mais pourquoi 50 ans, au juste, et non 10 ans, 20 ans ou encore trois siècles ? Dans un argumentaire en faveur du « non », Gérard Filoche, dirigeant de la gauche du PS, nous donne peut-être la réponse : « Le président de la Convention européenne, Valéry Giscard d’Estaing, a affirmé à maintes reprises que cette Constitution serait là pour 50 ans ». Filoche est cependant lui-même un peu moins alarmiste, puisqu’il évoque plus loin la perspective que « le projet de Constitution fige le caractère profondément libéral de l’Europe pendant 30 ans. » Ce ne serait donc plus 50 ans « incompressibles », mais 50 ans dont 20 avec sursis !

Tout cela n’est pas sérieux. Il est clair que cette Constitution porte la marque de la classe capitaliste. Les principes de la « libre concurrence » y sont affirmés, et ils sont là pour servir d’excuse à toutes les régressions sociales. C’est précisément pour cela que nous devons la combattre. Mais ce n’est pas une raison pour en surestimer le poids dans le rapport entre les classes sociales. Les principes capitalistes que renferme la Constitution n’empêcheront pas les travailleurs de se mobiliser. Ils ne se laisseront pas hypnotiser par un texte émanant d’instances qui prêchent une politique qu’ils combattent au quotidien. Surtout, ils se laisseront d’autant moins abuser que les directions du PS et du PCF ne se soumettront pas elles-mêmes aux sacro-saints « principes constitutionnels ».

Prenons un exemple concret. Admettons que le « oui » l’emporte et que la Constitution soit ratifiée. Admettons par ailleurs, comme c’est très probable, que le PS et le PCF gagnent les prochaines élections législatives. Si un tel gouvernement PS-PCF s’engageait, comme c’est souhaitable, dans la renationalisation des services publics et des grandes entreprises qui ont été privatisés au cours des vingt dernières années, ce programme entrerait immédiatement en contradiction avec les principes de la Constitution Européenne. Quelle devrait être alors l’attitude du gouvernement de gauche ? Renoncer aux nationalisations, sous prétexte qu’elles seraient « anti-constitutionnelles » ? Ce serait se condamner à ne jamais avancer sur la voie du socialisme.

Le fond du problème, c’est que les dirigeants du PCF et de la gauche du PS ont renoncé au programme de la transformation socialiste de la société. S’ils exagèrent le poids de cette Constitution, c’est parce que leur champ de réflexion ne sort jamais du cadre du capitalisme européen. Ils ne s’opposent pas à l’Europe capitaliste, mais à l’Europe « libérale ». Le terme « libéral » est là pour suggérer la possibilité d’une Europe capitaliste « non libérale », c’est-à-dire une version européenne de la fameuse « économie de marché à dominante sociale » - celle-là même qui, dans sa version nationale, nous a mené au 21 avril et au retour de la droite au pouvoir.

L’absence d’alternative, de la part de ces dirigeants, apparaît de façon nette lorsqu’ils répondent à l’argument selon lequel le rejet de la Constitution provoquerait une « crise » de l’Europe. Le député européen Francis Wurtz (PCF) écrit : « Dans quelle situation nous retrouverons-nous, au lendemain d’une victoire désormais possible du " non " en France ? Ce ne sera ni le chaos ni le statu quo. Juridiquement, tout reste en place, mais politiquement, tout change. D’un côté, le projet de Constitution serait caduc, mais les traités actuels resteraient en vigueur et s’appliqueraient. Pas de chaos, donc. » C’est là un raisonnement typiquement réformiste. Les « traités actuels » sont présentés comme le socle de stabilité grâce auquel va pouvoir se mener la lutte politique. Mais comme ces traités eux-mêmes n’ont de sens que dans le contexte de l’Europe capitaliste, comme ils en sont l’œuvre et l’expression, cela revient à présenter le chaos du capitalisme européen comme le cadre convenable de la lutte « politique » pour des droits sociaux, l’emploi, le niveau de vie et toutes ces choses auxquelles s’attaque « actuellement » le patronat européen.

Le fait que Wurtz présente sous un jour favorable des traités que la direction du PCF rejetait, lorsqu’ils n’étaient pas encore « actuels », est le résultat d’une fuite en avant inhérente à la logique réformiste. Les réformistes de gauche se prononcent toujours contre les traités capitalistes en préparation, mais une fois que ceux-ci sont entérinés, ils se transforment en éléments de « stabilité ». Ce qui, la veille, était combattu au nom de la lutte contre le « libéralisme », devient le lendemain une arme contre le chaos. Le ressort de cette politique, c’est l’illusion réformiste dans la possibilité d’améliorer durablement le sort des travailleurs dans le cadre du capitalisme.

De son côté, Gérard Filoche écrit : « Ne pas ratifier Bruxelles, serait-ce en rester au traité de Nice pour faire fonctionner l’Europe à 25 ? Non, car l’Europe à 25 ne pourrait fonctionner que très difficilement avec les règles de Nice. Il faudra donc bien chercher d’autres solutions. Ils discuteront. Et rediscuteront. » Autrement dit : le Parti Socialiste doit rejeter toutes le Constitutions Européennes jusqu’à ce que les capitalistes, à qui l’on concède ad vitam aeternam l’initiative de les rédiger, nous en fassent une conforme aux intérêts des travailleurs. Autant demander à un tigre de se convertir à la gastronomie végétarienne ! Les capitalistes ont mieux à faire, de leur point de vue, que de rédiger des Constitutions conformes aux intérêts des travailleurs.

Certes, Filoche ajoute un peu plus loin : « ils [les capitalistes] devront refaire le projet de constitution, mais cette fois sous NOTRE pression », autrement dit sous la pression du mouvement ouvrier. Mais cela ne nous mène pas plus loin. On se retrouve face à la perspective suivante : sous l’amicale « pression » du mouvement ouvrier, les capitalistes européens se résoudraient à rédiger une Constitution « sociale » qu’ils respecteraient scrupuleusement. Malheureusement, pour ceux qui ont retenu les principales leçons de l’histoire du capitalisme, et considèrent sérieusement ce qui se passe en Europe, les choses se présentent sous un jour moins féerique. Constitution ou pas, du fait de la crise de son système, le patronat européen poursuivra ses attaques contre les conditions de travail et le niveau de vie de la majorité de la population. Et il en sera ainsi tant qu’il aura le contrôle des principaux leviers de l’économie. Dès lors, dans le cadre du capitalisme, sous quelque Constitution Européenne que ce soit, le mouvement ouvrier restera confronté à la nécessité d’arracher à la classe dirigeante le contrôle de l’économie. Mais Filoche ne semble pas reconnaître cette nécessité. Il se contente d’en appeler à l’avènement d’une « économie sociale de marché » à l’échelle européenne. Et c’est précisément pour cela qu’il s’accroche à la branche vermoulue d’une Constitution progressiste dans le cadre du capitalisme.

La campagne pour le « non » au référendum doit être placée dans le cadre de la lutte contre le système capitaliste lui-même. Nous devons expliquer le caractère réactionnaire, non seulement de la Constitution, mais également du système dont elle n’est qu’un élément particulier. A cet égard, il est urgent d’imposer un changement, dans les orientations du PS et du PCF, pour qu’ils rejètent une fois pour toutes les illusions du réformisme et renouent avec le programme et les perspectives du socialisme.

La lutte pour des réformes est évidemment indispensable. Mais elle doit être liée à la nécessité de rompre avec le système capitaliste. En fin de compte, il n’y a pas d’autre alternative à la domination capitaliste de l’Europe que l’expropriation des banques, des compagnies d’assurances, des grandes entreprises, et l’établissement d’une planification de l’économie sous le contrôle démocratique des salariés. Sur la base des énormes ressources matérielles et humaines de l’Europe, il serait alors possible de réduire immédiatement la semaine de travail, et, ainsi, de donner un emploi aux millions de chômeurs que compte aujourd’hui l’UE. Libérée des contraintes artificielles que sont la production pour le profit et les frontières nationales, l’économie européenne se développerait à un rythme beaucoup plus rapide que les misérables 2 ou 3% auxquels aspirent aujourd’hui les défenseurs du capitalisme. On pourrait éliminer très rapidement la misère et son cortège de fléaux - y compris dans les régions les plus pauvres du continent. Dans ces conditions, le problème national se résoudrait dans le sens d’une coopération fraternelle entre les peuples, qui en même temps jouiraient tous et dans l’égalité du droit de parler leur langue et de développer leur culture. Telle est la perspective qui s’ouvrira aux travailleurs européens lorsqu’ils seront parvenus à briser la domination de l’économie européenne par une poignée de banques et de multinationales.

Jérôme Métellus, MJC-Paris
Publication : jeudi 18 novembre 2004

Donner du sens au NON
Le 5 avril 2005, par LUSES

Bonjour,

La centralisation de l’économie que vous préconisez comme mécanisme de libération sociale, a conduit, où elle a été appliquée, à la centralisation du pouvoir politique et dans les faits la création d’une aristocratie politique qui rend impossible votre proposition "sous le contrôle démocratique des salariés".

En effet, depuis l’implosion de l’ex URSS et son héritage catastrophique en termes de démocratie, aucune réflexion de fond a été proposé pour déterminer les bases d’un management démocratique dans les entreprises.

Les moyens de production sont nationalisés en Chine ce qui n’empêche à ce pays de mener une politique libérale et un management autocratique dans les entreprises.

Forts de cette contradiction, l’alliance liberale/socio-democrate fait de l’Europe le laboratoire d’un modèle libéral où l’Etat est dépourvu de tout pouvoir y compris certaines fonctions régaliennes. En particulier, interdire toute intervention dans l’économie.

L’expérience semble démontrer que l’enjeu principale de la transformation sociale réside, au moins dans en premier temps, dans la gestion démocratique des moyens de production plus que leurs propriété.

En France la perspective d’une expérience politique de cette nature pourrait donner un sens au NON qui se profile à la Constitution Européenne que comme vous le démontrez brillamment dans votre article il sera sans lendemains et n’empêchera pas la poursuite de la construction d’une économie européenne ultralibérale.

C’est mon opinion. sessluis@numericable.fr



Réponse à Luses
Le 6 avril 2005, par Jérôme Métellus

Ce n’est pas la centralisation de l’économie qui est la cause du stalinisme, mais, en ce qui concerne l’Union Soviétique, l’isolement de la révolution russe et l’extrême arriération économique et sociale du pays.

Ailleurs, comme par exemple en Chine ou à Cuba, le fait que la classe ouvrière n’a pas joué le rôle central dans le renversemement du capitalisme a eu pour conséquence que ces régimes ont été d’entrée de jeu des régimes de type stalinien. Il ne peut y avoir de socialisme sans démocratie ouvrière.

Bref, la perspective du socialisme en Europe n’est pas invalidée par l’expérience. Au contraire : c’est la seule voie pour la classe ouvrière européenne.

Jérôme Métellus



> Réponse a LUSES
Le 25 avril 2005, par Bruno

"L’expérience semble démontrer que l’enjeu principale de la transformation sociale réside, au moins dans en premier temps, dans la gestion démocratique des moyens de production plus que leurs propriété."

Il me semble difficile de croire de les salariés puissent acceder a la gestion démocratique des entreprises en ne remmettant pas en cause la propriété même des moyens de production.

Si par "gestion démocratique" LUSES, tu entend la gestion par les salariés de l’entreprise, Trosky a déjà traité de cette question "Au sujet du contrôle ouvrier de la production" et je ne ferait que rappeller ici ses objections (que je partages) à une telle vision des choses.

En effet dans un tel régime "Les ouvrier sont le contrôle. Cela signifie que la propriété et le droit de commande­ment restent aux mains des capitalistes" et "Pour être durable, résistante, « normale », la participation des ou­vriers à la direction de la production devrait être basée sur la collabo­ration de classe et non sur la lutte de classes"

Donc Luses tu propose aux travailleurs de collaborer à leur propre exploitation (quelle perspective libératrice !).

De plus quelle bourgeoisie acceptera la dualité du pouvoir dans ses entreprises sans craindre pour sa propriété des moyens de productions, et in fine pour son pouvoir économique et politique ?

La seule adaptation dont a fait preuve la bourgeoisie est de placer des salariés a la tête de ses entreprises, formés pour remplir les critères de rentabilité et de productivité utiles au capitalistes et donc par la même de prouver involontairement aux prolétaires qu’ils étaient capables de gerer la production face au mythes de l’entrepreneur géniale seul habilité a créer de la richesse et de l’emploi.

Ces salariés ne sont pas le "contrôle ouvrier" mais les chiens de gardes des capitalistes qui ne prennent plus le temps eux même de gerer directement leurs affaires.

Concernant l’illusion de la "démocratie gestionnaire" je me permettrais juste de rappeller qu’il n’y a de démocratie que si il y a égalité, ce qui est déja relatif en "droits" dans nos "démocraties" ce qui est totalement impossible economiquement dans un système capitaliste.

En conclusion Trosky disais : "Le contrôle ouvrier n’est donc réalisable qu’à la condition d’un changement brutal du rapport des forces au désavantage de la bourgeoisie et de son État. Le contrôle ne peut être imposé que par force à la bourgeoisie par le prolétariat, qui est en voie de lui arracher le pouvoir, et par là même la propriété des moyens de production. Ainsi, le régime du contrôle ouvrier est provisoire, transitoire, par son essence même, et ne pouvant que correspondre à la période de l’ébranlement de l’État bourgeois, de l’offensive du prolétariat, de la retraite de la bourgeoisie"



Sentiment d’un européen convaincu
Le 28 avril 2005, par André Depouille

Né à Bruxelles dans un pays trop petit par rapport aux nécessités du monde moderne, j’ai toujours vécu avec le sentiment que l’utilité d’une unité européenne était une évidence. Depuis 20 ans, je vis en France. Je me sent français d’origine belge et très européen. La frontière qui sépare mon domicile de mon lieu de naissance m’a occasionné beaucoup de désagréments administratifs. J’ai toujours souhaité une évolution dans le sens de la disparition des frontières et j’ai de très bonnes raisons pour cela.

La structure européenne a souvent servi d’intermédiaire au service de gouvernements français et autres qui voulaient appliquer des mesures impopulaires sans les assumer. Alors ils les faisaient prendre ces mesures « au nom de l’Europe » et ensuite l’appliquaient en prétendant y être obligés. La commission européenne a toujours collaboré dans ce sens. Sa structure antidémocratique et son absence de transparence y aidait beaucoup.

La constitution Giscard (je l’appelle ainsi parce que cela me fait mal de l’appeler « constitution européenne ») est présentée comme un pas pour rapprocher les peuples d’Europe. On essaye de nous faire croire que toute personne qui serait pro-européen devrait être pour et que ceux qui seraient contre, seraient anti-européens. En fait , cette constitution est la plus grosse régression de la démocratie qui ait été tentée dans un pays où je vivais, depuis 60 ans. Cette agression est camouflée sous un déguisement de « constitution européenne » et tout est fait pour qu’on s’intéresse à autre chose que son contenu.

Exemples Pour éclairer, je voudrais faire la comparaison avec 2 cas de constitutions de groupes de pays qui se sont, un jour, rassemblés en une fédération et ont créé une constitution fédérale : les Etats Unis d’Amérique et la fédération allemande.

1787 : Une constitution rassemble les Etats Unis d’Amérique (U.S.A.) Après avoir acquis leur indépendance vis à vis de l’Angleterre, 17 états indépendants d’Amérique (Pensylvanie, Virginie, Floride etc...) créent une constitution pour se fédérer. Que mettent-ils dans cette constitution ? Elle définit les compétence qui resteront aux états et celles qui seront transférées à l’état fédéral. Et, puisqu’ils voulaient permettre aux futurs électeurs et aux générations suivantes de choisir leur politique économique et sociale en utilisant leur droit de vote, ils n’ont surtout pas définit de politique économique ou sociale dans la constitution. Tout le monde comprenait très bien que si la constitution décidait de la politique à mener, les électeurs n’auraient plus le droit de la choisir en exerçant le droit de vote.

Aujourd’hui la politique économique et sociale des USA est de droite. Mais ce n’est pas le fait de la constitution, c’est parce que les américains votent à droite. La constitution américaine permet à ses citoyens de changer de politique s’ils votaient pour d’autres dirigeants, parce que la politique à suivre n’est pas écrite dans la constitution.

La Bavière, la Saxe, la Prusse etc... se sont unies pour former une fédération allemande La constitution Allemande réunit des états allemands (lander), définit les compétences du parlement et de l’exécutif fédéral et le niveau de décisions qui reste aux parlements des états locaux et à leurs exécutifs mais ne décide pas de la politique sociale ou économique à suivre. Les électeurs allemands peuvent encore aujourd’hui changer de politique, s’ils le veulent, parce que la politique à suivre n’est pas écrite dans la constitution.

Différence entre la constitution Giscard et les autres ? Les constitutions fédérales américaine et allemande avaient transféré aux états (parlement, président) fédéraux les droits de décision qu’elle avait enlevés aux élus locaux mais ne les ont pas supprimés. La constitution Giscard supprime le droit de choisir (par le droit de vote) la politique économique et sociale à mener, en l’écrivant dans la constitution. Si par malheur cette constitution était acceptée, les électeurs français et européens perdraient le partiellement le droit de choisir . Ni en votant aux élections françaises, ni en votant aux élections européennes et ils ne pourraient modifier les règles économiques et sociales écrites dans la constitution.. C’est pour cela que c’est une régression de la démocratie, déguisée en « constitution européenne ».

Cette constitution est faite pour qu’une fois votée , il soit presque impossible de la changer. Par exemple elle interdit toute mesure d’harmonisation fiscale européenne et en même temps elle donne le droit de veto à un paradis fiscal comme le Grand Duché de Luxembourg contre tout changement de constitution.

Quelle constitution européenne ? La seule constitution européenne acceptable serait une constitution qui permettrait aux électeurs français de décider de certains choix politiques qui resterait au niveau des états, et au parlement européen de décider pour les décisions transférées à l’Europe. Tout le contraire de ce qu’est la constitution qu’on nous propose de ratifier par référendum.

Certain disent : la constitution Giscard contient des règles économiques et sociales de droite. Mais cette politique de droite , avec Raffarin, on l’a déjà ! Oui, bien sur, mais avec les règles constitutionnelles actuelles on pourrait encore choisir autre chose à une prochaine élection. Avec la constitution Giscard , on ne pourrait plus réellement choisir ni en votant aux élections françaises ni en votant aux élections européennes.

Diviser ou rapprocher les peuples d’Europe ? La constitution américaine visait à rapprocher les populations des états de l’union pour les fusionner en un seul peuple . La constitution allemande vise aussi à rapprocher les allemands. La constitution Giscard rend obligatoire l’unification du marché et surtout de la finance mais s’oppose à toute mesure de créer un droit social européen ou à l’harmonisation fiscale (en instaurent le droit de veto pour n’importe quel micro-état). Une vraie constitution européenne tendrait à rendre les peuples d’Europe plus solidaires alors que la constitution Giscard fait tout pour les rendre à l’avenir toujours plus rivaux et concurrents.

Tromper les pro-européens ! Le fait d’utiliser les sentiments pro-européens d’une partie de la population pour faire passer une telle disparition de la démocratie devrait faire réagir non seulement tous les démocrates mais aussi tout citoyen qui souhaite un dépassement des frontières. L’Europe devrait servir à autres chose qu’à servir de déguisement à une telle régression.

Je n’idéalise pas la constitution américaine, ni la constitution de la république fédérale d’Allemagne. Je veux expliquer leur logique pour que par comparaison, on comprenne que la constitution Giscard n’est pas du tout ce qu’elle prétend être. Je n’idéalise pas non plus la constitution française qui resterait la référence si la constitution de Giscard était refusée au référendum. Mais je prétend seulement qu’il y a aujourd’hui en France des droits démocratiques qu’il faut sauver et que la constitution Giscard supprimerait. Défendons les !

André Depouille




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