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Médias et sondages : la manipulation de l’opinion publique
Editorial du n°33
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Médias et sondages : la manipulation de l’opinion publique

La campagne présidentielle nous offre une nouvelle démonstration de l’énorme puissance médiatique dont dispose la classe capitaliste. Les quelques groupes privés qui dominent la presse et l’industrie audiovisuelle manipulent l’opinion publique, et, selon leurs intérêts stratégiques du moment, favorisent ou marginalisent les partis et candidats. Dans ce domaine comme dans tous les autres, la « démocratie » capitaliste est une démocratie limitée, tronquée, fausse – une façade derrière laquelle le pouvoir réel est détenu par les capitalistes.

Les « sondages d’opinion » font partie, eux aussi, des instruments de propagande à la disposition de l’ordre établi. Au lieu de refléter l’opinion publique, ils servent avant tout à la façonner. Comme les faiseurs de rois d’autrefois, les médias qui décident d’appuyer tel ou tel candidat le mettent constamment en avant, faisant de lui un « phénomène ». Ensuite, les instituts de sondages comme celui que dirige Madame Parisot – connue, n’est-ce pas, pour sa neutralité en matière politique et sociale ! – s’arrangent pour démontrer la réalité d’un « mouvement d’opinion » en faveur de la personnalité en question.

Nous avons assisté à plusieurs opérations de ce type. Tout d’abord, il y a le cas de Sarkozy. Depuis des années, les moindres faits et gestes de cet homme, ses déplacements, ses discours et ses « petites phrases » ont bénéficié d’une couverture médiatique massive. Cela a contribué à l’imposer à la tête de l’UMP, avant d’en faire le candidat présidentiel de la prétendue « rupture » avec la politique d’un gouvernement dont il a pourtant été, pendant cinq ans, l’un des protagonistes les plus virulents !

L’émergence de Ségolène Royal, elle aussi, est pour une bonne part le résultat d’une stratégie élaborée dans les Conseils d’Administration des grands groupes médiatiques. Non que ces groupes souhaitent la voir à l’Elysée. Les capitalistes soutiennent Sarkozy. Ils ont besoin de la droite pour redoubler leur offensive contre les droits et les conditions de vie des travailleurs. Mais il était dans l’intérêt des capitalistes de promouvoir un candidat issu de l’aile la plus ouvertement pro-capitaliste du PS. Lors du scrutin interne au PS, la victoire de Royal sur ses rivaux ne s’explique ni par ses idées, ni par son parcours politique, ni encore par le fait d’être une femme, mais uniquement par le fait que les sondages lui attribuaient le titre de meilleur candidat face à la droite. Compte tenu de l’absence de divergences politiques fondamentales entre les différents prétendants, et étant donné que tous les représentants de l’aile gauche du parti avaient rallié le camp adverse, c’est l’argument du poids dans les sondages qui a été décisif.

Cependant, une candidate qui doit à ce point sa position aux médias en devient une proie facile, par la suite. Une fois Royal devenue la candidate officielle du PS, les mêmes médias qui jusqu’alors vantaient ses vertus ont ouvert une campagne visant à la discréditer. Elle n’aurait pas, finalement, l’étoffe d’un chef d’Etat ; elle manquerait d’expérience ; elle ferait des « gaffes » – et ainsi de suite.

Dernièrement, enfin, les médias et les fabricants de sondages ont orchestré une campagne médiatique massive pour appuyer Bayrou – un vieux routier de la droite française – en le présentant comme un homme du « centre », dans l’espoir de priver le PS d’une partie de son électorat. En quelques semaines, Bayrou serait passé de 6 % à 23 % d’intentions de vote.

A en croire les différents sondages, Sarkozy serait à 29 %, Bayrou aux alentours de 21 %, Le Pen à plus ou moins 14 %, et de Villiers à 2 %. Globalement, donc, les candidats de la droite réuniraient les deux-tiers de l’électorat. La droite n’a jamais suscité autant d’enthousiasme populaire depuis Napoléon III !

En matière de statistiques, Winston Churchill disait qu’il croyait uniquement à celles qu’il avait lui-même falsifiées. Les résultats des sondages sont faits pour le grand public, et les stratèges de la classe dirigeante ne leur prêtent pas trop d’attention. Ils savent, comme nous le savons, que peu de gouvernements, dans l’histoire de France, ont été aussi détestés et contestés que ceux de Raffarin et de Villepin. Ces cinq dernières années ont été marquées par plusieurs vagues de luttes – contre la réforme des retraites, contre la Constitution Européenne, contre le CPE, sans parler des émeutes provoquées, dans plus de 200 villes, par la brutalité des méthodes policières de Sarkozy. Tous ces événements ont eu lieu dans le contexte d’une nette dégradation du niveau de vie du plus grand nombre, d’une flambée des loyers et des prix, ainsi que d’une aggravation flagrante de la précarité et de la grande misère. Si le parti de Sarkozy est réellement aussi populaire, comment expliquer sa défaite aux élections régionales et européennes ? Et comment expliquer les résultats des élections partielles, dans lesquelles l’UMP a quasiment toujours perdu du terrain ?

Les médias capitalistes sont puissants. Ils exercent une certaine influence sur l’opinion. Loin de nous l’idée de sous-estimer l’adversaire. Mais cette puissance a ses limites, comme l’a montré le référendum sur la Constitution Européenne. Tous les grands médias étaient pour le « oui ». Jour après jour, ils matraquaient le public pour obtenir un vote positif. Mais cela n’a pas suffit.

Dans cette campagne, la principale force de la droite n’est pas tant le soutien de la machine médiatique que la faiblesse du programme de la gauche. La campagne du PS passe d’un slogan vide à un autre : « une France plus forte », « une France plus juste », et maintenant, semble-t-il, une « France présidente » ! Si la gauche devait perdre les présidentielles, en voilà l’explication. Mais nous pensons qu’elle ne perdra pas. La colère accumulée contre la droite, depuis cinq ans, s’exprimera dans les urnes.

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Publication : lundi 9 avril 2007


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