De plus en plus de gens se soucient à juste titre de la situation écologique de notre planète. Nous avons assisté, ces dernières années, à un certain nombre de catastrophes écologiques, dont les naufrages de L’Erika et du Prestige. A ces « accidents », qui en fait résultent de la course au profit à laquelle se livrent les capitalistes, s’ajoute le réchauffement de la planète, qui est très probablement dû à de trop grandes émissions de gaz carbonique. Il en résulterait des dérèglements climatiques qui, à terme, pourraient prendre des dimensions effrayantes. Enfin, les ressources fossiles (pétrole, gaz, etc.), sur lesquelles l’industrie repose encore largement, seront épuisées d’ici quelques décennies, ce qui pose la question des énergies alternatives.
Nous ne pensons pas qu’il faille minimiser ces problèmes. Nous ne partageons pas l’optimisme intéressé des multinationales qui polluent ou sont spécialisées dans le pillage des ressources naturelles. Il semble clair que l’écosystème est à terme gravement menacé - et nous avec - par des catastrophes de type écologique et climatique.
A ce sujet, certains pensent qu’il est possible de « réguler » le capitalisme, de le réformer, de l’aménager, de façon à en maîtriser les conséquences écologiques. Nous estimons au contraire que les mécanismes fondamentaux du système capitaliste s’opposent à toute régulation durablement efficace, et qu’il faut par conséquent lui substituer un système socialiste, c’est-à-dire une planification démocratique et rationnelle des ressources productives et naturelles.
Il existe encore une autre tendance, qui a produit ces derniers temps un certain nombre d’articles dans la revue Silence ! et dans Le Monde Diplomatique : la tendance des partisans de la « décroissance soutenable ». Face aux menaces climatiques et écologiques, ses « théoriciens » pensent que le problème, ce n’est pas le capitalisme, mais... la croissance économique. Dès lors, la solution coule de source : l’économie doit « décroître », et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous nous proposons ici de sonder l’argumentation sur laquelle repose cet ambitieux programme.
« Faire tourner à l’envers la roue de l’histoire »
A la lecture des écrits des apologues de la « décroissance soutenable » (voire « conviviale » !), la plupart des gens hausseront simplement les épaules. Cependant, nous aurions tort de considérer que ces idées émanent simplement d’esprits farfelus. En réalité, l’idée que la croissance économique est ce qui pose problème et qu’il faudrait faire marche arrière en ce domaine se rattache à un courant idéologique et politique qui remonte au début du XIXe siècle.
Comme tout autre courant intellectuel, celui-ci a des racines de classe. Autrement dit, il exprime, fut-ce confusément, la situation et les intérêts d’une classe sociale déterminée. En France, au milieu du XIXe siècle, Proudhon proposait de réorganiser l’ensemble de l’économie nationale sur le modèle d’un immense réseau de coopératives paysannes et artisanales. Il fustigeait la grande industrie et la concentration du capital qui l’accompagne. Ce faisant, il exprimait les intérêts et la situation matérielle des petits artisans, commerçants et paysans, autrement dit des classes moyennes, dont la position était menacée par le processus d’industrialisation et de concentration du capital. Par le biais de la concurrence, la production de grande échelle avait tendance à les pousser à la ruine et à les jeter dans la classe des travailleurs salariés, qui, eux, ne possèdent ni terre ni moyen de production, mais seulement leur force de travail. Dans la mesure où il refusait d’adopter le point de vue socialiste, expression générale des intérêts du salariat, Proudhon en était réduit à réclamer un retour à une économie fondée sur la petite propriété artisanale et agricole. Comme l’écrivait Marx, Proudhon voulait « faire tourner à l’envers la roue de l’histoire ».
Ce n’est pas par hasard que l’on retrouve ces idées, presque mot pour mot, dans les écrits des « décroissants ». Voilà ce que Bruno Clémentin et Vincent Cheynet nous proposent comme « premier niveau » de leur « modèle économique alternatif » :
« Le premier [niveau] serait une économie de marché contrôlée évitant tout phénomène de concentration. [...] Tout artisan ou commerçant serait propriétaire de son outil de travail et ne pourrait pas posséder plus. Il serait nécessairement le seul décideur de son activité, en relation avec sa clientèle. Cette économie de petites entités, outre son caractère humaniste, aurait l’immense mérite de ne pas générer de publicité, ce qui est une condition sine qua non de la mise en place de la décroissance soutenable. »
La référence à la publicité est ici la seule nouveauté par rapport à Proudhon. Si, dans cette citation, les seuls artisans et commerçants sont évoqués, un autre passage fait l’apologie de « l’agriculture extensive non motorisée », c’est-à-dire des petites exploitations agricoles. Nous voilà renvoyés à la bonne vieille économie précapitaliste.
Peut-être que les deuxième et troisième « niveaux » du « modèle économique alternatif » nous en diront plus ? Oui, mais ils pèsent tellement lourd sur le premier niveau que celui-ci s’écroule comme un château de cartes. En effet, « le deuxième niveau, celui de la production d’équipements nécessitant un investissement, aurait besoin de capitaux mixtes privés et publics, contrôlés par le politique. » Ainsi, loin de ne compter que sur leurs propres ressources, l’agriculture et l’artisanat de petite échelle jouiraient d’« équipements nécessitant des investissements ». Mais les choses s’aggravent avec le troisième niveau, qui fournit à ses petits paysans, commerçants et artisans des « services publics de base, non privatisables : accès à l’eau, à l’énergie disponible, à l’éducation, à la culture, aux transports en commun, à la santé, à la sécurité des personnes. »
Si on appliquait à la France le projet de Bruno Clémentin et Vincent Cheynet, il faudrait fermer un grand nombre d’entreprises, renvoyer des millions de salariés à leur campagne et ateliers artisanaux, mais garder quand même une infrastructure industrielle et une large main d’œuvre salariée pour alimenter tout ce petit monde en services publics de qualité. D’un côté, on ampute allègrement le potentiel productif de l’économie - mais, de l’autre, on exige de cette économie exsangue qu’elle dispense des services publics aux quatre coins de nos campagnes repeuplées !
Cette contradiction, caractéristique d’un mode de pensée utopique, ressurgit sans cesse sous la plume de nos deux candidats aux joies de l’économie locale. Prenons un exemple parmi tant d’autres. On nous assure que, sur la base d’une économie « décroissante », nous aurions accès à la santé. Tant mieux. La santé, cependant, suppose notamment des hôpitaux, des centres médicaux, etc, vers lesquels un malade puisse se rendre rapidement. Or, on apprend que « les véhicules à moteur à explosion seraient condamnés à disparaître. Ils seraient remplacés par la marine à voile, le vélo, le train, la traction animale. » Pour les malades que leur état de santé ne dispose pas à se déplacer sur une bicyclette, sur un chariot tiré par des bœufs ou sur un catamaran, il reste le train. Le problème, c’est que jusqu’à présent, les lignes ferroviaires ne desservent que les principaux axes du pays, les habitants des très nombreuses petites communes rurales se contentant d’utiliser les « véhicules à moteur à explosion ». Mais dans le monde que Bruno Clémentin et Vincent Cheynet appellent de leurs vœux, ceux-ci ont disparu. Il faudra donc élargir considérablement, soit le réseau ferroviaire, soit le réseau hospitalier (soit les deux). En résumé, s’ils voulaient tenir leurs promesses en matière de santé publique, les « décroissants » seraient obligés de lancer le pays passablement désindustrialisé dans... de grands travaux - et pas des moindres.
Il s’agit là d’un exemple assez trivial, mais ce type de contradiction est monnaie courante dans les écrits des « décroissants ». Au fond, elle exprime le caractère complètement abstrait et utopique de leur construction théorique. Ils ne se soucient nullement d’appuyer leur « programme » sur telle ou telle force sociale réelle. Ils s’adressent à la bonne conscience des citoyens « en général », à leur intelligence, en espérant que la graine des vérités qu’ils diffusent finira par germer. Leur problème, en effet, c’est que ni la classe capitaliste, ni le salariat - les deux forces essentielles de la société - ne peuvent s’identifier à un tel programme, qui est à l’antipode de leurs intérêts.
Pour les capitalistes, le développement économique et la concentration du capital sont indispensables : leur course au profit en dépend. Pour les salariés, la « décroissance » signifierait une régression majeure de leur niveau de vie. Voilà ce qu’on trouve dans le programme « décroissant », entre autres envolées « humanistes » : « Le réfrigérateur serait remplacé par une pièce froide, le voyage aux Antilles par une randonnée à vélo dans les Cévennes, l’aspirateur par le balai et la serpillière, l’alimentation carnée par une nourriture quasiment végétarienne, etc. » La liste n’étant apparemment pas exhaustive, on craint le pire !
« C’est le prix à payer », nous expliquent en quelque sorte Clémentin et Cheynet. C’est ça ou la mort certaine. En effet, leur analyse de la situation et des perspectives écologiques conclue à la catastrophe imminente et inévitable, sous quelque système politique et économique que ce soit, si nous n’entrons pas très vite dans la « décroissance ».
Pour y parvenir, les « décroissants » en appellent d’abord au bon sens de chacun d’entre nous, à notre bonne volonté, mais dressent aussi quelques perspectives politiques en ce qui concerne la révolution décroissante. Dans ce domaine, la situation est assez sombre, comme l’expliquent bien nos deux professeurs dans le passage suivant : « L’écologiste millionnaire et conservateur Edward Goldsmith avance qu’en réduisant de 4% par an et pendant 30 ans la production et la consommation, nous aurions une chance d’échapper à la crise climatique " avec un minimum de volonté politique. " [...] La réalité sociologique est tout autre. Même les riches des pays riches aspirent à consommer toujours plus. Et ce n’est pas " un minimum de volonté politique " qui serait nécessaire si un groupe désirait conduire cette politique d’en haut, mais bien un pouvoir totalitaire. Celui-ci aurait toutes les peines à contrer une soif sans fin de consommation attisée par des années de conditionnement à l’idéologie publicitaire. A moins de rentrer dans une économie de guerre, l’appel à la responsabilité des individus est la priorité. Les mécanismes économiques conduits par le politique auront un rôle fondamental à jouer, mais demeureront secondaires. Le tournant devra donc s’opérer " par le bas " pour rester dans la sphère démocratique. »
La menace est claire. On nous dit : « soit vous vous pliez aux joies humanistes de la décroissance, soit il faudra une dictature. » En effet, les faux frais d’une dictature ne valent-ils pas mieux que l’auto-destruction à coup sûr ? La « réalité sociologique » est montrée du doigt : tout le monde veut consommer ; les travailleurs comme les patrons veulent garder leurs maudits privilèges. La société devra donc peut-être subir l’électrochoc d’un pouvoir fort, trônant au dessus des classes sociales, pour « remettre de l’ordre ». A leur façon, les « décroissants » expriment la tendance bonapartiste qui parcourt l’histoire politique des classes moyennes.
La menace écologique et climatique
Les « décroissants » estiment que nous allons tout droit vers la destruction générale si nous ne faisons pas baisser nettement et au plus vite le PIB mondial. Selon eux, soit on reconstitue le « capital naturel » (énergétique) détruit au fur et à mesure, soit on meurt tous à coup sûr. En effet, « imaginer que l’humanité a les moyens de coloniser d’autres planètes relève du délire. Les distances dans l’espace sont hors de portée de nos technologies. Pour faire des sauts de puce dans l’espace, nous gaspillons inutilement des quantités gigantesques de ressources précieuses. » Et si, malgré les « sauts de puce », les capitalistes étaient capables d’importer de l’énergie à partir d’autres planètes, on est d’ailleurs prévenu : « si nous pouvions ramener sur terre et de façon rentable une ressource énergétique extra-terrestre, cela aurait pour conséquence une nouvelle dégradation écologique. » En effet, « l’arrivée d’une nouvelle ressource énergétique ne ferait qu’amplifier les changements climatiques » du fait de l’inévitable pollution qu’elle entraînerait.
Il fallait s’attendre à ce que, privé de « véhicules à moteur à explosion », l’homme soit aussi privé de navettes spatiales, fusées, satellites et autres fleurons de la technologie moderne. Mais il faut surtout remarquer que la conquête spatiale est présentée (avant d’être rejetée) comme la seule alternative à la situation actuelle. Ni le socialisme ni aucune autre forme d’organisation sociale susceptible d’augmenter ou de maintenir la capacité productive actuelle ne sont évoqués. Or c’est pourtant là qu’est tout le problème. Les catastrophes écologiques et les menaces climatiques qui pèsent sur notre planète ne peuvent être évaluées indépendamment du système économique et social dans lequel elles ont lieu.
La menace écologique est fondamentalement le fait du système capitaliste. Pour accroître leurs marges de profits, gagner tel marché ou mettre la main sur telle source de matière première, les capitalistes ne s’embarrassent ni de principes sociaux, ni de principes écologiques. En fin de compte, ils polluent la planète pour les mêmes raisons qu’ils bombardent l’Irak ou licencient des milliers de salariés : pour accroître la rentabilité de leur capital. Pourquoi des tonnes d’hydrocarbures sont-ils constamment rejetés au large de nos océans ? Parce que cela coûte moins cher qu’un recyclage non polluant. Pourquoi l’Amazonie subit-elle une déforestation massive, au risque de graves conséquences écologiques ? Essentiellement pour accroître les profits des multinationales qui exploitent le bois. Et ainsi de suite.
Dans le cas des émissions de CO2, qui sont probablement responsables du réchauffement de la planète, le problème se pose dans les mêmes termes. La plupart des grandes puissances dépendent largement des énergies fossiles (pétrole, gaz, etc.), dont la combustion émet de grandes quantités de CO2. Pour s’en passer ne fut-ce que partiellement, elles devraient réaliser d’énormes investissements dans des industries énergétiques alternatives. Or, la concurrence est telle, dans le système capitaliste, que de pareils investissements désavantageraient les capitalistes qui les réaliseraient par rapport aux capitalistes qui se contenteraient de continuer d’exploiter l’industrie existante. La course au profit et la lutte pour des marchés poussent donc les dirigeants des grandes industries énergétiques à continuer d’exploiter les réserves fossiles. Certes, elles ne tarderont pas à s’épuiser et leur combustion constitue une menace écologique. Mais la bourse, elle, n’est pas sensible à de tels arguments. Or, dans le système capitaliste, c’est avant tout elle qui décide.
Dans la mesure où il n’y a pas de limite absolue aux progrès des sciences et de la technologie, le potentiel énergétique dont nous disposons est lui aussi illimité. Aux énergies « renouvelables » (énergie des marées, énergie solaire, éolienne, etc.) s’ajoute l’énergie atomique. Si celle-ci est aujourd’hui une grave source de pollution, c’est parce que les capitalistes ne veulent pas rogner sur leurs marges de profits en investissant dans un traitement sérieux des déchets radioactifs. D’un point de vue scientifique, cependant, rien ne permet d’affirmer que l’exploitation de l’énergie atomique ne puisse pas se réaliser de façon à n’impliquer ni pollution, ni risque de catastrophe nucléaire. En d’autres termes, la pollution et les différents risques liés à l’industrie énergétique reposent, non sur la « croissance », mais sur les mécanismes fondamentaux du capitalisme. Par conséquent ils ne disparaîtront que lorsque ce système lui-même sera renversé. Seule une planification rationnelle et démocratique de l’industrie et des ressources énergétiques permettra de concilier le développement de l’appareil productif avec l’équilibre écologique de la planète.
Croissance et « décroissance »
Dans Le Monde Diplomatique du mois de novembre, l’un des chefs de file des « décroissants », Serge Latouche, reconnaît que la perspective d’une récession prolongée n’est pas propre à susciter l’enthousiasme des salariés, des jeunes et des chômeurs. Aussi s’empresse-t-il de préciser - à la différence ses amis Cheynet et Clémentin - que « décroissance » ne signifie pas nécessairement récession. Il écrit, en effet, que la « décroissance n’est pas la croissance négative ». Et c’est bien heureux, ajoute-t-il, car « on peut imaginer quelle catastrophe serait un taux de croissance négatif ! »
On pourrait faire remarquer qu’il n’y a pas besoin de « s’imaginer » quoi que ce soit, le système capitaliste ayant largement montré, au cours de son histoire, quels sont les effets d’une récession sur l’emploi, les salaires, etc. Mais le plus intéressant, c’est ce qu’il entend par « décroissance », après avoir écarté l’idée de récession. Selon lui, la « décroissance » se met en place, notamment, grâce à « la remise en question du volume considérable des déplacements d’hommes et de marchandises sur la planète, avec l’impact négatif correspondant (donc une relocalisation de l’économie) ».
Quiconque a joué au jeu du Mikado sait bien qu’il est impossible d’enlever certains bâtonnets sans faire tomber tout l’édifice. C’est pourtant ce que s’efforce de faire Latouche. Dans le cadre du capitalisme (que Latouche ne remet jamais en cause), une diminution des « volumes de déplacements d’hommes et de marchandises » signifierait un affaiblissement correspondant des exportations et des importations, c’est-à-dire du commerce mondial. Or, le dynamisme économique du capitalisme repose, pour une bonne part, sur le dynamisme du commerce mondial lui-même. Par conséquent, la première conséquence de la mesure que propose Latouche serait une « croissance négative » du PIB mondial. Chassée par la porte, la récession revient immédiatement par la fenêtre !
Ce n’est pas la première fois que Le Monde Diplomatique publie des articles dans lesquels, sous couvert de préoccupations sociales ou écologiques, leurs auteurs font l’apologie de l’économie locale. Or, il s’agit là, encore une fois, d’une idée complètement réactionnaire. La mondialisation de l’économie, loin d’être un problème, constitue une prémisse fondamentale du socialisme, lequel est complètement inconcevable sur la base de petites économies locales. Le fait est, par contre, que le capitalisme a depuis longtemps atteint ses limites historiques, qu’il est incapable de faire progresser le niveau de vie de la vaste majorité de la population mondiale, et que, pour se survivre, il doit renforcer sa pression sur les salariés et piller toujours plus les ressources des pays sous-développés.
Loin de réduire la production, une organisation socialiste de la société aurait pour résultat de libérer les forces productives des chaînes d’un capitalisme en plein déclin. Elle donnerait une puissante impulsion à l’économie, ce qui ouvrirait la perspective d’une diminution progressive et indéfinie du temps de travail. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, l’accès à une éducation de qualité se généraliserait. Le racisme, le fanatisme religieux et tous ces fléaux qui reposent, en dernière analyse, sur la misère que génère le système capitaliste, disparaîtraient. La science, les arts et la philosophie cesseraient d’être le monopole des classes dirigeantes pour devenir un bien collectif que tout le monde pourrait enrichir. L’humanité se débarrasserait enfin du fardeau du besoin matériel. En ce sens, comme le disait Marx, le communisme constituera le véritable commencement de l’histoire humaine.
Jérôme Métellus
Publication : lundi 1er décembre 2003
> La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 25 septembre 2005, par lionel dautry
J’appartiens moi-même à la catégorie des "décroissants" (même si ce terme me défrise et que je ne suis pas dénué de doutes concernant les modalités d’application de ce "programme").
Votre article m’a intéressé, car j’attends justement de lire des critiques argumentées au "système théorique" que représente la "décroissance". Avouons que je n’ai pas été totalement convaincu par votre vision, en particulier lorsque vous affirmez que la pollution et la dilapidation des biens naturels n’est imputable qu’au seul capitalisme. Je ne compte pas le défendre ; simplement, entre nous, dans la carégorie "pollueur pour le progrès de l’humanité", l’Union Soviétique fut assez performante en son temps. Vous me rétorquerez qu’il s’agissait là d’une subversion du socialisme marxiste, certes, mais c’était malgré tout un système planifié d’où la notion de profit était bel et bien absente. Celle de démocratie aussi... A mon avis, quelle que soit l’utopie, écologiste ou socialiste, le totalitarisme n’est jamais loin.
Cordialement,
Lionel Dautry.
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> La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 8 novembre 2005, par Merome
Je me considère également comme "décroissant" depuis très peu de temps. Une prise de conscience soudaine. Il est important de souligner que la croissance du PIB tel qu’on le connaît ne tient pas compte de tout un ensemble de richesses qui existent bel et bien.
Par exemple, si je cultive un jardin, je récolte suffisamment de légumes pour ma consommation personnelle. Non seulement je sauvegarde l’environnement (puisque je n’utilise évidemment pas de pesticides et engrais nécessaires à la culture de masse), mais en plus je m’évite une dépense, je suis "plus riche". Dans ce cas là, mon supermarché lui, sera "moins riche" (puisque je ne lui achète plus de légumes), ce qui va se répercuter négativement dans les chiffres de la croissance.
Autre exemple : ma femme garde les enfants plutot que de travailler. Elle ne crée aucune richesse mesurable par le PIB. Pourtant, elle m’évite de payer une gardienne, je suis plus riche.
Bref, il est important de noter que le PIB peut se casser la gueule sans qu’on soit inquiété plus que ça. D’ailleurs, le PIB est un tellement mauvais indicateur que j’en viens à me demander si la croissance n’est pas justement la source d’une partie de nos maux. Je vous invite à le vérifier dans le lien ci-joint
> La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 8 novembre 2005, par Jérôme Métellus
Citation du message précédant : "Autre exemple : ma femme garde les enfants plutot que de travailler. Elle ne crée aucune richesse mesurable par le PIB. Pourtant, elle m’évite de payer une gardienne, je suis plus riche."
"Les femmes à la maison" comme solution aux problèmes de la planète ! On ne pouvait pas faire meilleure démonstration du caractère réactionnaire de certaines idées des "décroissants".
> La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 16 novembre 2005, par Cédric H.
Fonder une argumentation sur une maladresse de rédaction est malhonnête. L’idée, simple, qui est défendue est que la mesure actuelle du PIB ne reflète pas pas la réalité de la production ou de l’activité réelle mais n’est qu’une vue très partielle, voir idéologique. Le travail domestique, qu’il s’agisse des enfants gardés et éduqués, du potager entretenu ou du bricolage réalisé, est individuellement et collectivement utile. Il s’agit donc d’une production, aujourd’hui non mesurée et refletée dans les statistiques qui servent pour piloter l’économie. Et ce que les enfants soient gardés par la mère, le père, le grand-père, le parrain, le curé, le voisin ou l’élu communal à cette fonction !!! Et que l’on ne vienne pas me dire que la production domestique c’est des broutilles. Justement selon les décroissants, dont je ne suis pas encore, celle-ci est amenée à se dévellopper considérablement. Enfin je rappele qu’aujourd’hui une partie de l’activité visant à répondre aux dégâts du système actuel alimente les chiffres de la production (industrie de la dépollution, de la sécurité, du soin des maladies provoquées par un système qui marche sur la tête). Donc oui à l’augmentation de la production mais en tenant compte de celle qui aujourd’hui ne l’est pas, qui est socialement utile et peut-être réalisée sans empreintes écologiques et en ne comptant pas les activités correctrices de ses méfaits (sinon un jour un l’autre on acceptera ces méfaits pour augmenter la production des activités correctrices !)
Convivialement
Cédric H.
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La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 3 janvier 2006
Bonjour,
N’etant ni partisan socialiste, ni capitaliste, ni decroissant, ni croissant, j ai apprecié votre analyse qui fait avancer le debat. Mais en simplifiant, je pense que vous vous trompez en pensant que la science trouvera bien une solution pour notre approvisionnent energetique. En substance, vous dites que parceque la connaissance est sans limite, on trouvera des solutions scientifiques. C’est un confiance aveugle dans un une science mythifiée. Du haut de ma petite pretention de physicien, je vous assure que je ne connais pas de produit pouvant remplacer le petrole. Meme si le nuclaire marchait (fusion matrisee), personne n a jamais fait fonctionner un airbus à l’électricité. De meme imaginez votre quotidien sans transport routier, sans transport de marchandise a bas prix, sans plastiques, sans medicaments, sans engrais, sans insecticides. Car le petrole ce n est pas qu’un probleme energetique. On entend parfois dire que l agriculture moderne n est qu’une transformation de petrole en nourriture.
Toute l’organisation du monde moderne repose fondamentalement sur l’economie du petrole. Et ca ne changera pas par un coup de baguette.
Dans cette optique de ressources réellement limitees, la croisssance des consommations comme objectif est simplement une absurdité.
La ou je vous suis, c est quand vous relevez qu’il est tout aussi naif de croire a un progres social lors d une recession du PIB. Mais de toutes facons cette decroissance sera ineluctable, préparée ou brutale, un crise majeure dans notre histoire se profile dans le siecle a avenir. Reste a savoir si le monde retombera dans une organisation preindustrielle barbare, ou si nos connaissances intellectuelles et notre morale nous permettra d’adoucir le changement.
C’est sur qu on aimerait bien un totalitarisme eclairé prenant les bonnes decision a long terme. Mais on sait bien que ca ne marche pas non plus. Je suis assez pessimiste, et j’investi dans des elevages de chevaux de traie ;-)
La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 3 janvier 2006, par Jérôme Métellus
Je ne prétend pas que les choses vont se régler d’un "coup de baguette magique". Mais le fond du problème, ce n’est pas les limites de la science (qui a quand même réalisé quelques progrès remarquables ces 100 dernières années). Le problème fondamental, c’est de savoir quelle classe contrôle les moyens de production, la technologie - bref, la science. Faire abstraction de cette question et se lancer dans des projections sur comment on fera rouler nos tracteurs en 2075, ce n’est pas sérieux.
La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 13 février 2006, par Cotten daniel
Je vous remerci pour cet article ,même s’il date un peu maintenant . Je veut tout d’abord rectifier votre fin d’article sur le carburant des tracteurs , ce problème n’est pas pour 2075 mais pour 2020 au plus tard ce qui fait un demi siècle d’écart et change toutes les données pour évaluer l’urgence des propositions a étudier .
Je suis d’accord avec vous sur l’ensemble de votre analyse a un détail près ,les intervenants en "décroissance " ont le mérite de poser le problème de l’après pétrole ce qui n’est pas le cas des Marxistes pour l’instant , comme s’ils êtaient sourds et aveugles sur l’information de cette crise capitale qui a déja commencé . Je suis Marxiste depuis très longtemp et je suis éffaré de constater l’absence totale d’analyse et d’action des Partis supposés relever du marxisme alors qu’une véritable crise de civilisation se profile a court terme .
Le parti communiste , normalement porteur de la défense et de la proposition d’un régime socialiste , a complétement abandonné cette ambition empétré dans ses contradictions sociales démocrates .
Alors lorsque l’on parle de totalitarisme a la faveur de cette crise il ne reste plus que celui des chemises brunes organisées par le grand capital , ils sont déja en chemin .
Le progrès technique qui rassure les Marxistes ne réglerat que très partiellement la crise pétrolière , la réorganisation de notre société peut seule amortir les dégats énormes qui sont prévisibles .
De multiples sites internet sérieux existent qui permettent de s’informer sur cette crise , mais la majorité des "politiques " semblent l’ignorer ...pourquoi ? Le silence maintenu depuis 30 ans (rapport du MIT ) a été enfin brisé , il est urgent de réfléchir et d’informer .
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La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 17 avril 2006, par Fabrice Flipo
Bonjour
Si le dernier paragraphe était vraiment la conséquence de l’abolition de la propriété privée, je signerais.
Le problème est que les vieux grimoires comportent parfois des prophéties qui ne sont pas étayées sur des démonstrations crédibles... et comme je ne suis pas croyant la foi ne suffira pas.
Par conséquent je crains en effet que nous n’ayons le choix qu’entre la récession et la décroissance, comme dit Latouche.
Plus nous attendrons et plus les dégâts écologiques seront importants, plus douloureuse sera la chute. L’économie se relocalisera ou l’humanité disparaîtra.
Bien sûr cela remet en cause capitalisme comme socialisme et montre par là qu’ils sont liés - et qu’ils sont à dépasser ensemble en sortant de l’économisme.
Mais je crains qu’il faille choisir entre le localisme et la disparition... je rappelle à cette occasion que 70 à 80% de la population mondiale est localisée et si elle commence à être délocalisée, c’est en partie par... les catastrophes écologiques qu’elle n’a pas créée (à ce jour l’OMS estime à 150 000 le nombre de victimes annuelles du déréglement climatique).
Si cette thèse est fausse, que Jérôme Métellus daigne nous expliquer comment on pourrait faire autrement, en respectant les lois de la physique bien sûr.
La « décroissance soutenable » : une utopie réactionnaire
Le 18 juin 2006, par La Riposte
J’ai eu l’occasion de débattre en public, à Bourges, avec Fabrice Flipo, l’auteur du dernier message. Mr Flipo est beaucoup de choses - enseignant, "philosophe", écrivain, etc. Il est également membre du "conseil scientifique" d’Attac. Ce n’est d’ailleurs probablement pas sans réticence que Mr Flipo a accepté de faire partie de ce conseil, car selon lui la "science" doit être jetée aux orties. Il est vrai, cependant, que ce conseil n’a de scientifique que le nom, si l’on en juge pas la quantité de contre-vérités que Mr Flipo a formulée au cours du débat auquel je participais. Par exemple, il a affirmé que "jamais, de toute l’histoire, les hommes n’avaient autant travaillé." Je ne pense pas que le paysan de l’époque féodale, qui trimait toute la journée sous la férule de son Seigneur, aurait été d’accord ! Ni, sans doute, les travailleurs de l’aube du capitalisme, qui faisaient des semaines de 80 heures et plus.
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