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Contre le sectarisme de "l’extrême gauche"
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Contre le sectarisme de

Cet article date d’octobre 2002.

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La défaite de la gauche aux dernières présidentielles et législatives était la conséquence de l’impasse dans laquelle se trouve le réformisme face à la crise du capitalisme. Cette crise n’interdit pas la réalisation de réformes sociales, mais signifie qu’il est désormais impossible, dans le cadre du système capitaliste, d’empêcher durablement la dégradation du niveau de vie de la population par le biais de mesures parlementaires et partielles. Même pendant la reprise (1997-2001), les mécanismes de l’économie capitaliste tendaient à annuler les acquis du passé et les effets des quelques réformes positives réalisées par le gouvernement Jospin. L’actuelle récession économique est en train d’accélérer la dégradation du niveau de vie des travailleurs, les poussant dans une situation où il faudrait, simplement pour limiter cette dégradation, qu’ils engagent une lutte quasiment ininterrompue. C’est précisément la précarité croissante des conditions d’existence de la population, et l’impossibilité d’y remédier par le biais de réformes, qui constituent les prémisses de notre perspective révolutionnaire. Les bases économiques sur lesquelles reposait le "réformisme" n’existent plus, et, dans ce contexte, les ondes de choc créées par la défaite de la gauche ont provoqué de profondes crises au sein du PS et du PCF, conformément aux perspectives que notre organisation avait préalablement élaborées. L’autorité politique des directions de ces deux partis s’est largement effondrée.

Le comportement du gouvernement Jospin a de nouveau amplement démontré que les dirigeants du PS sont attachés par mille liens au système capitaliste. Ce sont des agents conscients des intérêts de la classe capitaliste. Quant aux membres de la nomenklatura municipale et parlementaire du PCF, si les avantages matériels dont ils bénéficient sont moins flagrants que ceux de leurs homologues socialistes, leur ralliement honteux à "l’économie de marché" - qui est allé jusqu’au cautionnement des privatisations massives mises en œuvre par le gouvernement Jospin - indique que les différences entre leur politique et celle des dirigeants socialistes sont plus apparentes que réelles. Dans les années 20, Trotsky prédisait que l’acceptation, par l’Internationale Communiste, de la théorie utopiste et réactionnaire du "socialisme dans un seul pays" mènerait à la dégénérescence nationaliste et réformiste de toutes ses sections. Cette prévision brillante s’est avérée tout à fait exacte. L’obéissance aveugle aux zigzags successifs de la "ligne" stalinienne a fait place à un "réalisme" fatigué et démoralisant. Le réformisme insipide des dirigeants du PCF a empêché le parti de se distinguer nettement du PS, ce qui a rendu impossible la défense des positions acquises dans le passé. Au terme de cinq années marqués par une croissance régulière de luttes sociales remettant directement ou indirectement en cause la politique de Jospin, c’est-à-dire dans un contexte où un parti "communiste" digne de ce nom aurait pu s’attendre à une croissance importante de sa base sociale, électorale, et militante - le PCF a réalisé le score le plus bas de toute son histoire.

Les directions réformistes du PS, du PCF et des organisations syndicales constituent l’obstacle principal sur la voie de la transformation socialiste de la société. Pour que la situation révolutionnaire en cours de maturation puisse aboutir à une conclusion victorieuse, le mouvement ouvrier devra préalablement se libérer de leur emprise et se doter d’une direction révolutionnaire authentique. L’un des éléments fondamentaux de nos perspectives porte ainsi sur la question de savoir comment cette nouvelle direction émergera au cours du processus révolutionnaire et quelle doit être, en conséquence, l’attitude des marxistes envers les principales organisations politiques et syndicales du salariat.

Pour les groupements dits d’ "extrême gauche", comme la LCR et LO, les conclusions qui sont à tirer des événements récents sont les suivantes : le PS et le PCF sont historiquement "finis". La défaite des principaux partis de gauche ouvre un "espace" pour l’émergence d’un mouvement révolutionnaire en dehors de ces partis et en concurrence avec eux. En conséquence, disent-ils, tout ce qui tend à renforcer le PS ou le PCF doit être combattu. Aucun accord électoral avec eux n’est acceptable, quitte à laisser passer la droite. Quant aux militants socialistes ou communistes oppositionnels, ils devraient sans tarder quitter ces partis et participer à la construction d’une "alternative révolutionnaire". Pour l’extrême gauche, la marque du trotskiste authentique est la position de "rupture" avec les partis réformistes et l’adhésion aux partis révolutionnaires "indépendants".

Cependant, l’empressement de l’extrême gauche à enterrer le PCF et le PS ne correspond à aucune réalité. Nous avons expliqué ailleurs, et notamment dans nos dernières Perspectives pour la France, que les mois et les années à venir verront la maturation d’une confrontation majeure entre les classes. Mais les dirigeants de l’extrême gauche n’ont visiblement pas la moindre idée de comment se passe - non pas dans leur imagination, mais dans les faits matériels et historiquement avérés - une véritable mobilisation de masse. Pratiquement toutes les situations révolutionnaires qui se sont produites depuis un siècle - et elles sont nombreuses - démontrent la chose suivante, qui peut être considérée comme une loi historique : quand la masse de la population entre en action, elle se tourne toujours vers les grandes organisations politiques et syndicales traditionnelles, c’est-à-dire vers les organisations qui ont émergé historiquement comme l’expression organisée du salariat, et qui, par conséquent, occupent une place prépondérante dans la conscience collective, non pas d’une bande de "révolutionnaires" autoproclamés, mais de la masse de la population. Même dans les pays où l’installation de dictatures avait presque totalement détruit les partis socialistes ou communistes, ce sont ces mêmes partis qui resurgissent avec le mouvement de masse. Ce fut le cas en Espagne, lors de la chute du régime franquiste, en 1975, soit 36 après la victoire du fascisme, dont la traîtrise des dirigeants socialistes et communistes était responsable. En Grèce, le Parti Socialiste (PASOK) est devenu, en l’espace de quelques jours, le principal parti de la classe ouvrière, suite à la chute de la dictature des généraux, en 1974.

Dans toute l’histoire de la lutte des classes, à l’échelle internationale, il n’y a pratiquement aucune exception à cette loi, pourtant totalement ignorée ou passée sous silence par l’extrême gauche. La mobilisation massive qui se produira tôt ou tard passera par-dessus de la tête des formations d’extrême gauche et se tournera vers le PS, le PCF, et les grandes confédérations syndicales. Les jeunes et les travailleurs, une fois massivement entrés en action contre la puissance du patronat et de l’Etat, ne verront pas l’utilité d’une secte ou d’une quelconque organisation marginale, et ce quelle que soit la "pureté" de ses idées. Et pour cause : de telles organisations n’ont, en effet, aucune utilité dans un pareil contexte. En conséquence, au cours de la maturation de la crise pré-révolutionnaire, il s’avérera que le PS et le PCF disposent de réserves sociales incomparablement plus importantes et puissantes que tous ces groupements prétendument "révolutionnaires" réunis.

Il y aurait beaucoup à dire sur la nature politique des principaux groupements d’extrême gauche, dont l’existence et la viabilité apparente est une sorte de châtiment pour le conservatisme qui domine pour l’instant les grands partis de gauche. Dans le fond, les programmes respectifs de ces groupements n’ont rien de "révolutionnaires". La LCR, par exemple, s’est montrée prête, au fil des années, à adapter son programme à celui de n’importe quelle tendance réformiste, de Pierre Juquin aux écologistes, en passant par ATTAC et les innombrables variantes de la "mouvance alternative". A partir du moment où ces tendances sont "en rupture" avec le mouvement socialiste et communiste, tous les compromis sont possibles ! L’objectif du socialisme ne figure ni dans le programme présenté par LO, ni dans celui de la LCR, ni dans celui du PT, et on chercherait en vain la moindre allusion au socialisme dans les discours et les publications de leurs candidats. Abstraction faite de la terminologie à connotation marxiste utilisée occasionnellement par ces organisations - qui peut servir à tromper des militants sans expérience ou sans connaissances théoriques - le contenu réel de leurs programmes n’est autre chose qu’une variante du réformisme de gauche, qui ne diffère guère, dans ses traits essentiels, du contenu du programme actuel du PCF.

Nous reviendrons sur les programmes politiques de ces organisations. Pour l’heure, nous nous bornerons à la question de leur attitude vis-à-vis des grands syndicats et partis de gauche, laquelle a semé une confusion considérable, non seulement dans l’esprit de leurs propres militants, mais auprès d’une fraction significative de la jeunesse en général. Nous n’aurons aucune difficulté à démontrer que cette attitude se trouve en contradiction complète avec les idées de Marx, d’Engels, de Lénine et de Trotsky, qui n’ont eu cesse de combattre le positionnement sectaire qui caractérise ces groupements "trotskistes".

La question de l’attitude que doivent adopter les marxistes envers l’ensemble du mouvement ouvrier n’est pas un problème nouveau, et les théoriciens marxistes les plus éminents nous ont laissé une abondante littérature à ce sujet. Après tout, s’il suffisait de proclamer la supériorité du socialisme par rapport au capitalisme, ou de dénoncer le réformisme, pour que la masse des salariés rallie la cause révolutionnaire, il y a longtemps que le capitalisme aurait été renversé. La question est de savoir comment les maigres forces du marxisme peuvent, tout d’abord, aider la couche la plus combative et consciente du salariat à comprendre la nécessité de la révolution, et, ensuite, comment et dans quelles conditions cette couche peut obtenir l’adhésion de la masse de la population. Dépourvues d’une réponse sérieuse à cette question, les idées du socialisme ne seraient que lettre morte. Il est donc d’une importance primordiale de rétablir les positions fondamentales du marxisme sur ces questions.

Dans le Manifeste du Parti Communiste, publié en 1848, Marx et Engels traitent de la manière suivante la question du rapport que doivent entretenir les communistes avec l’ensemble du mouvement ouvrier : "Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des travailleurs ? Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble de la classe ouvrière. [...] Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste de la classe ouvrière l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement ouvrier."

Marx et Engels fustigeaient sans cesse les groupements sectaires qui se tenaient à l’écart des grandes formations politiques et syndicales prenant forme en Europe et aux États-Unis dans la dernière partie du XIXe siècle, et mettaient constamment en garde les travailleurs qui embrassaient les idées du socialisme de ne pas les transformer en "dogme". Ils répétaient sans cesse que le marxisme n’était pas une doctrine académique ou une profession de foi sectaire, à porter comme un badge ou une cocarde pour se distinguer de la "masse" inculte, mais "un guide pour l’action", un "instrument de travail dans le mouvement de masse." (Lettre d’Engels à F.A. Sorge, le 29 novembre 1886.) "Ce que Marx et Engels critiquent avec le plus de véhémence, dans le socialisme anglo-américain, écrivait Lénine en 1907, c’est son isolement du mouvement ouvrier[ ...], c’est de ne pas savoir s’adapter au mouvement ouvrier théoriquement désarmé, mais vivant, massif, puissant."

"Où en serions-nous maintenant si, de 1864 à 1873, nous avions persisté à ne vouloir agir de concert qu’avec ceux qui adoptaient ouvertement notre programme ?" demande Engels dans sa lettre à Sorge du 27 janvier 1887. L’attitude d’Engels sur la nécessité de participer activement aux formations politiques les plus importantes du salariat, indépendamment du caractère politique de leurs directions, était très clairement exposée dans ses écrits au sujet du Parti Ouvrier américain dirigé par le "socialiste" Henry George. Engels ne mâchait pas ses mots concernant le caractère des idées défendues par Henry George, qu’il qualifiait de "socialiste-réactionnaire" et "idéologue de la bourgeoisie radicale." Cependant, disait-il, il ne fallait pas pour autant que les tenants du socialisme authentique se tiennent à l’écart de ce parti, en se mettant dans un rapport de concurrence avec lui. "Un ou deux millions de voix ouvrières pour un véritable parti ouvrier ont aujourd’hui infiniment plus de valeur qu’un centaine de milliers de voix en faveur d’un programme parfait au point de vue théorique. [...] Tout ce qui pourrait retarder ou empêcher la consolidation du Parti Ouvrier - sur quelque programme que ce soit - je le considérerais comme une grave erreur." (Lettre du 28 décembre 1886).

Pour le marxisme, le "sectarisme" n’est pas une simple injure, ni un terme dont on se sert allègrement dans une polémique. Le sectarisme désigne un phénomène précis. Le programme est élaboré de manière scientifique, à partir des conditions matérielles créées par le capitalisme, et non pas à partir des schémas moraux et abstraits. Mais l’adoption de ce programme par une minorité éclairée ne suffit pas pour changer la société. Encore faut-il qu’il soit adopté par les forces sociales colossales qui seules peuvent le mettre en œuvre. Le sectaire, tout en attachant une immense importance au fait qu’il ait lui-même "compris" le programme du socialisme, sous-estime, voire néglige totalement la nécessité de lier celui-ci aux organisations des travailleurs. Sa fierté est dans tout ce qui le distingue des "masses", de leurs "illusions" et autres défauts. Au lieu d’intervenir activement dans le mouvement ouvrier réel, tel qu’il est, avec ses forces et ses faiblesses, il se contente de proclamer, de l’extérieur, ce que le mouvement ouvrier devrait être.

Les traits psychologiques fondamentaux du sectaire sont son impatience et sa crainte devant les grandes tâches. Comme le disait Engels, il "érige son impatience en programme politique". Le sectaire refuse, "par principe", de participer au mouvement ouvrier tel qu’il est - massif, vivant, traversé par toutes sortes de courants, y compris des courants réactionnaires - et donc forcément imparfait et "hors cadre" par rapport à l’idéologie "parfaite" de son "dogme". Reculant devant la tâche qui lui paraît trop immense, à savoir la nécessité de gagner ce grand mouvement aux idées révolutionnaires, le sectaire préfère se tenir confortablement à l’écart, dénoncer les défauts du mouvement, et ce jusqu’au jour où, pense-t-il, la "masse" prendra enfin conscience de son erreur, abandonnera ses organisations et se mettront à l’école de la perfection où il règne en maître incontesté !

Combien de fois, sur des manifestations, avons-nous eu à faire à des partisans de l’extrême gauche, dont l’agacement les empêche presque de respirer quand ils apprennent que nos militants participent aux activités du PCF ? "Comment pouvez-vous, par votre appartenance à ce partis et par vos consignes de vote en leur faveur, cautionner la politique de ses chefs ?" Pourtant, nous sommes en très bonne compagnie dans cette démarche "aberrante". Dans son remarquable livre La maladie infantile du communisme, ou le "gauchisme", écrit en 1920, Lénine insistait sur le fait qu’une organisation communiste doit non seulement regrouper des éléments les plus instruits sur le plan théorique et les plus dévoués à la cause révolutionnaire, mais aussi démontrer "son aptitude à se rapprocher, à se lier, et à se fondre jusqu’à un certain point avec la masse la plus large des travailleurs." Il demandait avec insistance aux groupements se réclamant du communisme de se tourner résolument vers les organisations réformistes, d’y participer activement, et de les soutenir dans les élections. En s’appuyant sur de nombreuses expériences en Russie et en Europe occidentale, Lénine dénonçait la nocivité de bon nombre d’idées et d’attitudes qui sont, hélas !, monnaie courante chez nos "gauchistes" contemporains.

En évoquant le travail des communistes dans les syndicats, Lénine critiquait le "dogmatisme de gauche" qui, prenant pour prétexte " l’esprit réactionnaire des milieux dirigeants syndicaux,[...] concluent à la sortie des communistes des syndicats". Cette "bêtise impardonnable rend un immense service aux capitalistes", car le refus de participer aux syndicats sous prétexte qu’ils sont dominés par des éléments conservateurs revient à abandonner les salariés à l’influence de ces mêmes dirigeants.

Le raisonnement de Lénine était le même à l’égard des partis politiques réformistes. En réponse aux révolutionnaires britanniques comme Willie Gallagher, qui, dans la perspective de former un Parti Communiste, refusaient d’avance tout soutien au Parti Travailliste, Lénine, après avoir salué "l’esprit révolutionnaire admirable" des militants en question, leur expliquait que cette qualité ne suffira pas pour faire avancer la cause du communisme en Grande-Bretagne. "Que les Henderson, les McDonald et les Snowden soient irrémédiablement réactionnaires, cela est exact. Il n’est pas moins exact qu’ils veulent "administrer" selon les vieilles règles bourgeoises et se comporteront forcément, une fois au pouvoir, comme les Scheidemann et les Noske. Mais il ne suit point de là que les soutenir, c’est trahir la révolution. Il s’ensuit que les révolutionnaires de la classe ouvrière doivent, dans l’intérêt de la révolution, accorder à ces messieurs un certain soutien parlementaire." Si les communistes veulent porter leurs idées à l’attention de la classe ouvrière, "faute de quoi nous risquons de n’être plus que des bavards" écrit Lénine, "nous devons d’abord aider Henderson ou Snowden à battre Lloyd George et Churchill."

Contre l’argument qui consistait à refuser tout "compromis" avec les dirigeants travaillistes, Lénine insistait, au contraire, sur la nécessité de proposer un compromis avec ces dirigeants dans le cadre des élections législatives. Les communistes devaient demander une entière liberté de propagande en faveur de leurs idées, disait-il, en échange de leur soutien électoral. Dans le cas où les dirigeants travaillistes refuseraient ce compromis, poursuivait Lénine, les communistes pouvaient présenter des candidats dans un nombre infime de circonscriptions, et uniquement dans celles où la présence d’un candidat communiste n’empêcherait pas la victoire du Parti Travailliste. Dans toutes les autres circonscriptions, les communistes devaient appeler haut et fort à voter travailliste. Lénine estimait que, malgré le caractère pro-impérialiste des dirigeants travaillistes - qui avaient soutenu sans réserve le carnage impérialiste de la guerre de 1914-18 - il fallait soutenir le principal parti des travailleurs britanniques pour qu’ils fassent eux-mêmes l’expérience de leurs dirigeants au pouvoir, ce qui les aiderait à prendre conscience de la véritable nature des ces dirigeants et à s’émanciper de leur influence.

Lénine évoquait également la situation en Allemagne, où les communistes "de gauche", repoussés par l’opportunisme des dirigeants du Parti Social-démocrate Indépendant (Kautsky, Hilferding, Crispien, Ledebour) refusaient tout compromis avec ce parti. Lénine considérait que cette attitude était une grave erreur. Dans ce parti, disait Lénine, existe une aile gauche "qui suit une progression singulièrement rapide", et "redouter un compromis avec cette aile du parti serait tout bonnement ridicule ... Au contraire, les communistes se doivent de chercher et de trouver une forme appropriée de compromis susceptible, d’une part, de hâter la complète et nécessaire fusion avec cette aile et, d’autre part, de ne gêner en rien la campagne idéologique et politique des communistes contre l’aile droite opportuniste des "indépendants"".

Léon Trotsky se retournerait dans sa tombe s’il pouvait voir le comportement actuel de ceux qui agissent en son nom. Il a lutté toute sa vie contre le sectarisme. Jusqu’en 1933, malgré les persécutions et les méthodes répressives de la direction stalinienne, l’Opposition de Gauche dirigée par Trotsky s’est considérée comme partie intégrante de l’Internationale Communiste et luttait pour redresser la politique de l’Internationale en y défendant les principes et le programme de l’internationalisme révolutionnaire. Après l’arrivée au pouvoir de Hitler, en 1933, Trotsky et l’Opposition ont dû abandonner cette orientation. Cependant, pour Trotsky, il fallait à tout prix éviter la séparation des révolutionnaires d’avec les courants principaux du mouvement ouvrier. En France, en Grande-Bretagne, et ailleurs, il s’est battu inlassablement pour convaincre les sections nationales de l’Opposition de la nécessité de s’orienter vers les organisations politiques et syndicales les plus importantes du mouvement ouvrier : "Si notre organisation reste à l’extérieur [de la SFIO ], écrivait-il en juin 1934, et concentre ses efforts sur une critique de l’extérieur, elle court le danger d’irriter les travailleurs au lieu d’attirer leur attention. C’est dans l’unité de leurs rangs que les travailleurs voient aujourd’hui l’unique voie de salut. Ne pas tenir compte de cet état d’esprit des masses, puissant, et en définitif sain, le contrecarrer, ce serait la mort. Lors de la montée d’un mouvement, la tâche des marxistes consiste, tout en se faisant porter par la vague, à apporter la clarté nécessaire de pensée et de méthode. Notre organisation est trop faible pour prétendre à une place indépendante. Cela signifie qu’elle doit prendre une place dans l’un des deux partis qui ont conclu l’accord [du Front Unique]. Pour nous, il n’existe pas de différence de principe entre les deux partis, ou presque aucune. Mais, dans la pratique, c’est seulement l’entrée dans le parti social-démocrate qui est possible."

En matière d’orientation stratégique, la préoccupation constante de Lénine et de Trotsky, comme de Marx et d’Engels avant eux, a été de rapprocher autant que possible les marxistes des organisations les plus importantes du salariat. A notre avis, n’importe quel militant qui se donne la peine de lire La maladie infantile du communisme ou d’étudier les nombreux écrits de Trotsky sur ce même thème comprendra aisément que leur approche se situe à mille années-lumière de l’attitude de notre extrême gauche contemporaine vis-à-vis du PS et du PCF.

Par exemple, lors des dernières élections présidentielles et législatives, LO, la LCR et le PT, ainsi que pratiquement tous les groupements d’extrême gauche de moindre importance, ont tout bonnement déclaré que puisqu’il n’y avait "aucune différence" entre les partis de droite, d’une part, et le PS et le PCF, d’autre part, qu’on ait un gouvernement de gauche ou un gouvernement de droite n’a aucune importance. Pour le deuxième tour des présidentielles, par exemple, dans le cas d’un duel entre Jospin et Chirac, toutes ces organisations avaient déclaré d’avance qu’elles prôneraient l’abstention. Elles se sont donc contentées d’encaisser les voix de leurs électeurs au premier tour - et d’encaisser aussi, soit dit en passant, les généreuses subventions gouvernementales correspondantes, qui ne sont autre chose qu’une forme "officielle" de corruption politique.

Examinons cette attitude à la lumière de l’approche adoptée par Lénine. Lorsque les organisations d’extrême gauche disent que les dirigeants socialistes et communistes ont capitulé devant le capitalisme, qu’ils ne peuvent pas résoudre les problèmes des travailleurs, étant donné le caractère pro-capitaliste de leur politique, et que, sur toutes les questions fondamentales, dans la pratique, le gouvernement de gauche s’est comporté comme un gouvernement de droite, ils ont raison. Seulement, comme le disait Lénine, il ne découle nullement de cette appréciation qu’il ne faut pas soutenir les principaux partis du salariat, dès lors que nous avons l’objectif de convaincre la masse des salariés de cette vérité.

Or, précisément du point de vue de cet objectif, il y a une différence très importante entre un gouvernement de gauche et un gouvernement de droite. En 1981, au lendemain de la victoire de la gauche, François Mitterrand, ainsi que l’ensemble des dirigeants du Parti Socialiste et du Parti Communiste, jouissaient d’un énorme prestige et d’un soutien extrêmement enthousiaste de la part de l’électorat de gauche. Au sein du PS, il était pratiquement impossible de faire entendre une voix dissonante vis-à-vis de la direction du parti et du gouvernement. Dans le PCF, l’autorité morale de la direction, et la puissance de l’appareil à sa disposition, étaient telles qu’elle pouvait, d’un coup de téléphone, faire éjecter des dissidents sans que ce genre de mesure soit sérieusement contesté par les militants du parti. Aujourd’hui, la crédibilité des directions socialiste et communiste a connu un véritable effondrement par rapport à cette époque, à l’intérieur des partis comme dans leur électorat. L’explication de ce phénomène n’est pas difficile à comprendre  : sur les 21 ans qui nous sépare de 1981, la gauche a été au pouvoir pendant plus de 15 ans. Par conséquent, aujourd’hui, les millions de travailleurs et de jeunes - c’est-à-dire la masse - qui ont vécu et ressenti cette expérience concrète du réformisme commencent à tirer des conclusions au sujet de ceux qui prétendent les défendre. Les deux partis ont été plongés dans une crise interne, avec le développement de courants oppositionnels significatifs de part et d’autre. Par ailleurs, parmi de larges couches de l’électorat de gauche, il y a de toute évidence un profond mécontentement vis-à-vis des instances dirigeantes de ces deux partis.

Or, il faut se poser la question suivante : la défaite de la gauche va-t-elle accélérer cette remise en question des dirigeants réformistes ou, au contraire, aura-t-elle tendance à la freiner ? Clairement, le fait que les dirigeants socialistes soient aujourd’hui dans l’opposition leur ouvre une nouvelle marge de manœuvre dans leur tentative de restaurer leur crédibilité, les autorisant à s’adapter en paroles à l’humeur critique de la base du parti et de l’électorat, alors que s’ils étaient encore au pouvoir, surtout dans le contexte économique actuel, ils seraient dans une position extrêmement difficile. Ainsi, une heure après la manifestation du 3 octobre, François Hollande a découvert qu’il était "fermement opposé à l’ouverture du capital d’EDF-GDF", alors qu’il disait le contraire avant les élections. Avec la gauche au pouvoir, la même mobilisation syndicale contre la privatisation d’EDF-GDF aurait été dirigée, non pas contre Raffarin, avec des dirigeants socialistes faisant mine de l’approuver, mais contre les dirigeants socialistes eux-mêmes. Marie-George Buffet, pour sa part, exige un "retour aux sources du communisme" et une politique "résolument anti-capitaliste", se dissociant des "adaptations et compromis" de la direction du PCF pendant la période ... de sa participation comme ministre au gouvernement ! Du point de vue de la prise de conscience du salariat quant à la véritable nature et fonction des dirigeants socialistes et communistes, la victoire de la gauche aux législatives de 1997, qui a les a remis à l’épreuve du pouvoir, était le meilleur résultat possible. Du même point de vue, la portée historique d’une victoire pour la gauche aux dernières présidentielles, et surtout aux législatives, aurait été infiniment plus importante que ne le sont les savantes comparaisons de l’extrême gauche entre les propositions politiques de la droite et celles de la gauche, qui aboutissent à la conclusion abstraite qu’il n’y a "pas de différence" entre un gouvernement de gauche et un gouvernement de droite.

Notons que Lutte Ouvrière a soutenu Mitterrand et l’alliance PS-PCF au deuxième tour des élections de 1981, en disant qu’il fallait que les travailleurs en fassent l’expérience. Cependant, cette politique a été abandonnée dès 1986. Pour Lutte Ouvrière, l’expérience de la gauche au pouvoir ayant été négative, il fallait faire une croix sur le PS et le PCF, et il était désormais hors de question de leur renouveler son soutien. La question de savoir si le salariat dans son ensemble allait, de son côté, abandonner les partis traditionnels, n’avait manifestement aucune importance pour les dirigeants de Lutte Ouvrière, lesquels, à la manière classique d’une secte, mesure le processus historique à l’échelle de ses propres désirs, alors qu’une organisation marxiste se doit, au contraire, de prendre sa propre mesure et celle des orientations qui s’imposent à elle sur la base du processus historique objectif. "Le sectaire, écrivait Trotsky, veut toujours avoir son mouvement ouvrier à lui. Il pense qu’en répétant des formules magiques, il va obliger une classe toute entière à se grouper autour de lui." Le PS, on le sait, a perdu les élections de 1986, mais dans l’espace de deux ans, à la suite d’une série de mobilisations sociales et de grèves de grande ampleur, il a été de nouveau propulsé au pouvoir. Il y avait là une leçon précieuse, que l’histoire ne nous donnait ni pour la première ni pour la dernière fois, mais que Lutte Ouvrière, en tant que secte complètement pétrifiée, s’est avérée totalement incapable de comprendre.

Suivant un raisonnement similaire, la LCR, qui avait soutenu Jospin et la "gauche plurielle" en 1997, a refusé de la soutenir en 2001, puisque elle-même, en tant qu’organisation, "en avait assez" du PS et du PCF. Et l’attitude de la masse du salariat ? La direction de la LCR ne se pose même pas la question. L’ironie de la situation était que, après avoir expliqué, avant le premier tour, qu’il fallait s’abstenir au deuxième, et que l’argument du "moindre mal" en faveur de Jospin était irrecevable, la LCR est passée d’une position incorrecte à une autre, en acceptant finalement de participer à la campagne du deuxième tour en faveur d’un "moindre mal" nommé ... Jacques Chirac !

Le sectaire est constamment désappointé par le fait que les travailleurs, malgré tout ce qu’ils ont vécu, "ne comprennent toujours pas" qu’il faut abandonner le PS et le PCF, et se mettre sous ses ordres à lui. Cette irritation permanente peut parfois le rendre quelque peu hystérique. Il est incapable de comprendre que les travailleurs, face aux énormes moyens de leurs adversaires, et même quand ils sont profondément déçus par leurs organisations, ne peuvent pas se permettre de chercher l’adresse de tel ou tel groupement marginal et "tout recommencer". Dans la pratique, ils n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers le PS, le PCF et les organisations syndicales les plus importantes et représentatives, vers des drapeaux visibles et reconnus par des forces suffisamment importantes pour infliger une défaite à l’ennemi. C’est ce qui s’est produit en 1997 et, n’en déplaise à l’extrême gauche, ce qui se reproduira inévitablement aux prochaines élections.

Dès lors qu’ils s’engagent dans une lutte sérieuse et de grande échelle contre leurs adversaires, que ce soit à travers des grèves ou sur le plan politique, les travailleurs sentent instinctivement la nécessité de la plus grande unité possible, et considèrent ceux qui empêchent cette unité comme un obstacle. Ainsi, au lieu d’abandonner les organisations de masse - c’est-à-dire reconnues comme une force immédiatement accessible et potentiellement puissante dans la conscience collective de la masse de la population - en faveur d’une secte marginale, le mouvement social exerce, et exercera davantage à l’avenir, une pression sur ces grandes structures afin de les transformer, et afin de les soumettre aux exigences de sa lutte. Pour tous ceux qui ont des yeux pour voir, ce processus est déjà engagé, dans le PS, dans le PCF et dans les syndicats, et prendra nécessairement une ampleur et une puissance incomparablement plus fortes à l’avenir.

Les organisations sectaires justifient leur démarche par la nécessité de maintenir à tout prix "l’indépendance du parti révolutionnaire". Elles confondent la nécessaire indépendance idéologique, organisationnelle et financière du mouvement révolutionnaire avec une séparation physique de celui-ci par rapport aux organisations les plus importantes du salariat. Tout en étant inflexible sur nos principes, les prémisses théoriques et le programme de notre mouvement, nous devons au contraire nous orienter résolument vers les organisations traditionnelles du salariat, ce qui signifie, concrètement, le Parti Socialiste, le Parti Communiste et les organisations syndicales.

A ce stade, nous ne sommes qu’au début de notre travail. Nous devrons nécessairement passer, pendant un certain temps, par une phase préparatoire, dans laquelle la formation de nos militants et le propagandisme occuperont une place prépondérante dans notre activité. Sans un minimum de militants formés, une action cohérente dans le mouvement social est impossible. Cependant, un révolutionnaire ne se forme pas seulement avec la discussion et l’étude théorique. Il doit aussi s’efforcer de se lier au mouvement social, que ce soit une section du PCF ou du PS ou une section syndicale, et apprendre comment y intervenir correctement. Notre but n’est pas de former des théoriciens en vase clos, "prêchant aux convertis". Si nous insistons tant sur la théorie, c’est pour pouvoir intervenir efficacement auprès de la jeunesse et des travailleurs. Dans une certaine mesure, des comportements et des réflexes "sectaires" sont inévitables dans une organisation révolutionnaire de taille modeste, étant donné qu’elle s’attaque avec des moyens apparemment dérisoires contre des tendances infiniment plus puissantes. Cependant, en se tournant le plus possible vers l’extérieur, notre mouvement facilitera sa transition vers l’étape suivante, au cours de laquelle elle deviendra un courant plus conséquent et aux moyens d’action plus importants.

Dans le cadre d’une orientation générale vers les organisations politiques et syndicales les plus importantes des travailleurs, il faudra faire preuve d’une très grande souplesse tactique dans notre activité au jour le jour. En nous dirigeant vers les meilleurs éléments, là où ils se trouvent - c’est-à-dire, pour l’instant, en dehors des organisations traditionnelles - nous trouverons les effectifs qui nous permettront d’agir de manière efficace lorsque, en conséquence des mobilisations successives des jeunes et des travailleurs, la situation à l’intérieur de ces organisations deviendra plus favorable. Au cours des années à venir, à condition de mener à bien notre travail, par une combinaison de formation théorique et d’activité publique, nous jèterons les bases d’une puissante tendance marxiste, non pas à l’extérieur des grandes organisations du salariat, mais fermement ancrée au cœur de celles-ci.

A partir de là, les grands conflits de classe qui se préparent en France ouvriront la voie à l’émergence d’un véritable mouvement révolutionnaire, non pas à l’image des sectes opportunistes qui grouillent en marge des partis de gauche et des syndicats, mais, au contraire, avec l’avantage colossal - et qui s’avérera décisif - d’en faire partie intégrante. Les sections de l’Internationale Communiste ont été créées, au lendemain de la première guerre mondiale, à partir des anciens partis sociaux-démocrates. Il en sera de même pour les partis révolutionnaires qui se formeront à l’avenir, en Europe et ailleurs. Concrètement, en France, l’expression organisée des forces vives, massives et puissantes, et donc réellement capables d’en finir avec le capitalisme et son cortège de souffrance et d’horreurs, prendra forme à partir des organisations existantes, c’est-à-dire à partir du PCF, du PS et des grandes structures syndicales, et non pas à partir d’une quelconque "alternative" concurrente.

A un certain stade du processus, sous l’impact des événements, une lutte décisive s’engagera, au sein des partis de gauche et des grandes organisations syndicales, entre le mouvement révolutionnaire en cours et les appareils bureaucratiques conservateurs qui ont définitivement lié leur sort à celui du système capitaliste, et qui chercheront, en conséquence, à garantir sa survie. A l’issue de ce combat, moyennant l’existence d’un courant révolutionnaire authentique, le mouvement vers le socialisme parviendra enfin à consigner les directions qui lui font obstacle là où sera dorénavant leur place, à savoir la poubelle de l’histoire. Ainsi, les puissantes forces sociales qui ont été jusqu’ici bridées, trompées et trahies par elles, seront enfin dotées de représentants dont le programme et la volonté répondront aux grandes tâches de notre époque, et qui leur permettront de s’émanciper définitivement du carcan de l’exploitation capitaliste.

La Rédaction
Publication : samedi 5 octobre 2002

Contre le sectarisme de "l’extrême gauche"
Le 9 juillet 2007, par Yann GERMAIN

Cette analyse correspond tout à fait à ma vision des choses et c’est pour ça que je milite au PCF, malgrès les limites réformistes de son programme.



Contre le sectarisme de "l’extrême gauche"
Le 17 octobre 2007

votre article n’est vraiment pas sérieux !
si vous lisez le manifeste de la LCR le socialisme y figue comme objectif fondamental de son action, et quant à la présidentielle, non seulement ni la LCR ni LO n’ont annoncé qu’elles prôneraient l’abstention mais en plus Arlette a appelé à voter pour Ségolène en la rencontrant même publiquement t la LCr a appelé à battre la droite.
mais je suppose que vous ne validerez pas ma lettre.
jq



Contre le sectarisme de "l’extrême gauche"
Le 18 octobre 2007, par La Riposte

Cher camarade,

Cet article date d’octobre 2002, et ne peut donc pas faire référence à l’attitude de la LCR en 2007.

En 2002, la LCR avait annoncé qu’elle ne soutiendrait pas Jospin au deuxième tour, avant d’appeler finalement à voter... Chirac ! Aux législatives de la même année, pas de soutien aux candidats de gauche au deuxième tour, face à la droite. Idem au régionales suivantes, etc. Si, en 2007, la LCR s’est résolue à appeler à voter Royal, cela prouve seulement que sa politique sectaire est parfois insoutenable, et qu’elle s’en rend compte elle-même. Mais les dirigeants de la LCR agissent au coup par coup, de façon empirique, sans principes directeurs. Donc, il n’y a aucune raison de penser que la politique juste de 2007 est acquise une fois pour toutes.

Concernant le "socialisme", les dirigeants de la IIe Internationale aussi l’avaient inscrit dans leurs textes fondateurs. Ils en parlaient même de temps en temps publiquement, les jours de fête. On connait la suite.

Le socialisme est inscrit dans le Manifeste de la LCR (combien de lecteurs ?), mais Besancenot n’en pipe jamais mot à la télé, à la radio, c’est-à-dire lorsqu’il a l’oreille de millions de personnes... Cela n’est vraiment pas sérieux. Mais c’est logique : si Besancenot expliquait ce qu’est le socialisme lorsqu’il passe dans les grands médias, ceux-ci cesseraient de l’inviter (ou l’inviteraient beaucoup moins).

La Riposte



Contre le sectarisme de "l’extrême gauche"
Le 17 février 2008, par Elie CARASSO

L’analyse est très bonne concernant la dynamique du Mouvement de classe quand il se produit : il passe toujours par les grandes orga. Ce point crucial est bien soutenu et Trotsky en effet lui a donné toute sa place dans le programme de Transition. Toutes les citations de Trotsky ici sont excellentes et ripostent bien aux déviances sectaires. Cependant, il n’y a pas ici d’analyse de la transformation radicale qu’a subi le capitalisme dans les 30 dernières années avec l’impossibilité de pratiquer maintenant la reforme social démocrate puisque le Capital est entré dans une phase de remise en question et de destruction de TOUS les acquis sociaux dans le cadre de cette TRANSNATIONALISATION du Capital comme l’appelle BIHR, les Etats se réduisant à peu de choses et à terme liquidant même les formes régaliennes par une privatisation de ces fonctions : prisons privées, sociétés de mercenaires comme en Irak , la guerre devenant business privé, destruction de la Justice et des administrations comme celui des statuts, etc.. Concurrence planétaire avec la CHINE et l’INDE et le BRESIL avec des USA au bord de la crise systemique qui a commencéé et sera MONDIALE. La place des Etats et leur role a donc terriblement changé / aux périodes précédentes et c’est bien vers une irruption de la barbarie du capitalisme détruisant les hommes et la planète vers laquelle nous nous enfonçons.

Dans ce contexte, le Ps n’est plus du tout un parti ouvrier et même pas un parti réformiste car ils ont les mêmes buts que l’impérialisme et sont ses auxiliaires. Ils sont sarkozyens. N’est-ce pas un changement QUALITATIF ? Quant au PCF, il ne pourra pas se remettre de l’effondrement brutal de m’URSS , relevant son impasse historique ni de la chute du Mir de Berlin. Vous ne mentionnez pas ces faits décisifs ds votre analyse même du Congrès, déni qui est aveu d’un obstacle. Il est méritoire de combattre ds le PCF mais je crois qu’il est CONDAMNE... par l’Histoire. Les faits trancheront s’ils se produisent.

Dans un pareil contexte, les dirigeants PCF cherchent seulement à sauver leur peau d’élus en s’agrippant aux basques du PS. Ils sont exsangues.

Aux Municipales, le PS et ses quémandeurs peuvent avoir des résultats par rejet de Sarkozy. Mais ils n’ont aucun PROJET à proposer. Et les Mu... ne changent pas les données nationales du pouvoir. Il faudrait que SARKO multiplie ses fautes en m^me temps que ses attaques pour voir se dresser un mouvement mais plus le salariat est précaire, moins il agit. Or la part des précaires est de plus en plus grande. Le Capital est l’offensive toute et le salariat acculé dans les cordes, presque sonné. Ce jour, après 16 jours magnifiques de GREVE chez CARREFOUR à Marseille, les travailleurs vont rentrer demain sans avoir obtenu le peu qu’ils demandaient et après une charge policière où un élu communiste a été blessé et QUID ??? Aucune consigne de Greve generale à Marseille contre la répression policière et pour le droit de grève Ni de la part des syndicats Ni des Partis. Peut-on faire pire ? et qu’attendre de ces partis ? Un danger donc existe : que la fureur se retourne vers l’extreme droite qui saura se charger de la Haine pour la tourner vers des boucs émissaires, les immigrés, les juifs, les homos, etc..

Votre orientation est respectable mais la situ a basculé radicalement. La tempête commence. Et le fascisme peut surgir.




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