L’un de nos camarades est parti étudier à Cuba, il y a de cela quelques mois. Nous lui avons demandé de nous écrire des petites « chroniques » sur la vie quotidienne à Cuba, sur les événements qui l’ont marqué, sur les sentiments et réflexions du peuple, etc. Voici la première de ces chroniques – qui, nous l’espérons, ne sera pas la dernière !
Un événement a eu un certain impact, ici, à Cuba, et a été vécu comme une véritable trahison, notamment par les médias cubains. A la mi-décembre 2007, Carlos Otero (photo), présentateur vedette de plusieurs émissions très populaires de la télévision cubaine, a profité d’un contrat de travail de huit mois, au Canada, pour solliciter l’asile politique aux Etats-Unis. Bien entendu, il y a été accueilli comme un héros ! Et ce en vertu de la loi dite « d’ajustement cubain », votée en 1966. Qu’est-ce au juste que cette loi ? Depuis la victoire de la révolution cubaine, en 1959, les Etats-Unis ont utilisé diverses stratégies pour la saborder. Parmi ces stratégies, il y a la manipulation de la question migratoire, notamment en stimulant l’émigration illégale cubaine à destination des Etats-Unis. La loi « d’ajustement » constitue un véritable pilier de cette stratégie. Au cours du temps, elle a subi quelques modifications, mais globalement, son essence est restée la même : elle stipule que tout citoyen cubain qui parvient à pénétrer sur le territoire des Etats-Unis a le droit de bénéficier de l’asile politique (même si cette personne n’est pas victime d’une quelconque persécution à Cuba).
La « fuite » de Carlos Otero a donc été du pain béni pour la presse américaine ! C’était une occasion supplémentaire de vilipender la « tyrannie castriste » qui sévit à Cuba, etc… En un mot, c’était une nouvelle occasion, pour les médias capitalistes, d’employer leur habituelle rhétorique hystérique à l’encontre de Cuba.
Carlos Otero était très aimé des Cubains. Il était vraiment très populaire. Il animait depuis de nombreuses années l’émission télé la plus suivie à Cuba : « Carlos y punto » (qu’on pourrait désormais appeler : « Carlos, punto final » !). Comme je l’ai dit, les Cubains ont vécu ce départ comme une trahison. Beaucoup de gens ont été très choqués, et pour cause : Carlos Otero était l’un des présentateurs les mieux payés de la télévision cubaine. Son salaire était approximativement de 300 pesos convertibles par mois (un peu plus de 300 dollars), ce qui est très élevé à Cuba : le salaire moyen des Cubains oscille entre 10 et 15 pesos convertibles… Carlos Otero disposait d’avantages considérables et de biens matériels inaccessibles à la majorité de la population. Dans ces conditions, comment interpréter son départ ? Comment ne pas en déduire qu’il s’agissait d’un opportuniste ?
Force est de constater que, très souvent, à Cuba, ce sont ceux qui bénéficient le plus du système qui crachent dans la soupe. Il y a eu de nombreux cas comme celui-ci, par le passé. J’ai entendu beaucoup de « petites gens », de gens du peuple cubain affirmer un soutien indéfectible à la révolution, bien qu’ils critiquent les carences du système et les avatars de la bureaucratie. Nombre de ces gens me disent que malgré les difficiles conditions dans lesquelles ils vivent, ils n’envisagent pas du tout de quitter leur pays. Et pendant ce temps, le présentateur télé le plus « friqué » s’en va trouver refuge aux Etats-Unis ! Je crois que ça peut donner matière à réflexion…
Je dois dire qu’en ce qui me concerne, j’ai également été très choqué par le départ de Carlos Otero, et ce d’autant plus que ce dernier, une fois aux Etas-Unis, a fait des déclarations vraiment infâmes contre le gouvernement cubain, alors qu’il doit tout à ce dernier ! Il a abandonné son peuple alors qu’il lui doit la popularité dont il a joui pendant des années ! Certains ont une conception bien particulière de la reconnaissance.… Voilà donc mon analyse en ce qui concerne cet événement qui a eu l’effet d’une bombe ici.
Rémy Lapeyre
Publication : vendredi 4 avril 2008
Chronique cubaine - La fuite de Carlos Otero
Le 6 avril 2008, par Pin Pon
La "dissidence", les contre-révolutionnaires, les défections en général sont toujours liés à l’argent. On imagine qu’il a eu un pont d’or pour renier sa patrie. Comme tant d’autres qui voient dans l’opposition le meilleur moyen d’aller vivre dans l’opulence en amérique du nord.
|
Chronique cubaine - La fuite de Carlos Otero
Le 7 avril 2008
Coucou Rémi
Merci pour ton article. On aimerait en savoir plus sur les conditions de vie là-bas. après tout ce qu’on entend ici, ce serait bien que tu donnes des infos précises sur les acquis de la révolution.. muchas
HASTA LA VISTORIA SIEMPRE COMPANERO
Salama
|
Chronique cubaine - La fuite de Carlos Otero
Le 7 avril 2008, par Camille Loraine
Je reviens de La Havane ou j’ai passe 5 jours : j’ai adore MAIS il faut tout de meme reconnaitre qu’il est triste de voir l’etat de batiments qui ont du etre magnifiques en leur temps et qui, a present, sont en quasi ruines : pourra-t-on les restaurer tous ? J’en doute vraiment bien que l’ensemble de La Havane ait ete nomme patrimoine mondial de l’humanite et que, donc, on commence a restaurer certains edifices de Habana Vieja.
Par ailleurs, notre guide nous a explique que les Cubains avaient toujours des cartes de rationnement et que, lorsqu’il y avait un arrivage de riz, par exemple, tout le monde se precipitait pour en acheter. Comme les quantites n’etaient pas suffisantes pour satisfaire toutes les demandes, ceux qui n’avaient rien eu devaient aller acheter au marche libre, ce qui leur coutait quelque 20 fois le prix fixe par l’etat.
Il faut dire egalement qu’il existe 2 monnaies a Cuba : le peso cubain et le peso convertible, ce 2eme valant 24 fois le peso cubain, le peso convertible etant l’equivalent de 0,85 euro. La majorite des Cubains n’ont pas acces a ces pesos convertibles, d’ou l’interet de travailler en contact avec les etrangers qui, eux, ne sont censes posseder que des pesos convertibles.
La vie est chere a La Havane et… on se fait tres facilement rouler… mias, allez-y : c’est vraiment une ville qui vaut la peine d’etre vue, maintenant. Un conseil : habitez a Habana Vieja, pas dans le quartier de Vedado par exemple, plus ou moins moderne et pas tres enthousiasmant.
|
Chronique cubaine - La fuite de Carlos Otero
Le 10 avril 2008, par Michel El Santo Lavergne
Je travaille à Cuba avec les gens de la campagne surtout. Et parmi mes amis, ceux qui se plaignent le plus, ce sont ceux qui en ont le plus.
Les jeunes aussi sont très attirés par la consommation.
Bonne journée,
Michel Lavergne,
Aro CoopérAction InterNational
ARO InterNational est un organisme d’aide à Cuba, qui oeuvre dans le domaine de l’éducation aux valeurs humaines, à la coopération
|
Chronique cubaine - La fuite de Carlos Otero
Le 11 avril 2008, par Sylvain Guillemette
Merci pour votre article monsieur Lapeyre.
Je suis également toujours heureux de savoir que des gens comme, Michel Lavergne, puissent encore laisser de côté les luxures, l’abondance de ressources et le gaspillage polluant pour aller aider le monde en besoin. À ce sujet, je serais très intéressé d’en avoir plus à ce sujet. Je chercherai donc, monsieur Lavergne, un site quelconque sur vos louables actions.
Solidairement, Sylvain Guillemette,
membre de l’éxécutif et du comité Central du Parti communiste du Québec, ainsi que de Québec-Solidaire.
www.pcq.qc.ca
http://reactionismwatch.wordpress.com/
|